DEMOCRATIE CHRETIENNE, D.C.
Vérité et Justice pour le Congo-Kinshasa                                                                   http://dc-kin.com
PRESSE RDC- NEWS

S/2008/773
Distr. générale 12 décembre 2008 Français Original : anglais

Conseil de sécurité

Lettre datée du 10 décembre 2008, adressée au Président du Conseil de sécurité par le Président du Comité du Conseil de sécurité créé par la
résolution 1533 (2004) concernant la République démocratique du Congo
Au nom du Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 1533 (2004) concernant la République démocratique du Congo et conformément
au paragraphe 18 d) de la résolution 1807 (2008) du Conseil, j’ai l’honneur de vous faire tenir cijoint le rapport final du Groupe d’experts sur la
République démocratique du Congo. Je vous saurais gré de bien vouloir porter la présente lettre et sa pièce jointe à l’attention des membres du
Conseil de sécurité et les faire publier comme document du Conseil. Le Président (Signé) R. M. Marty M. Natalegawa

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Pièce jointe Lettre datée du 21 novembre 2008, adressée au Président du Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 1533 (2004) par le
Grouped’experts sur la République démocratique du Congo
Les membres du Groupe d’experts sur la République démocratique du Congo ont l’honneur de vous transmettre ci-joint le rapport final du
Groupe élaboré en application de l’alinéa d) du paragraphe 18 de la résolution 1807 (2008) du Conseil de sécurité. (Signé) Jason Stearns (Signé)
Dinesh Mahtani (Signé) Mouctar Kokouma Diallo (Signé) Peter Danssaert (Signé) Sergio Finardi

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Rapport final du Groupe d’experts sur la République démocratique du Congo I. Méthodologie
1. Le Groupe d’experts a soumis son rapport intérimaire le 28 juillet 2008. Dans sa lettre datée du 6 août 2008 (S/2008/526), le Secrétaire général a
nommé deux experts, M. Peter Danssaert (Belgique, armes) et M. Sergio Finardi (Italie, aviation), afin de remplacer deux membres qui n’étaient
plus en mesure d’exercer leurs fonctions. Le Groupe a continué à être assisté par Mme Francesca Jannotti Pecci, spécialiste des affaires
politiques au Secrétariat de l’ONU, et par M. Brian JohnsonThomas, consultant pour les questions d’aviation. Le Groupe a entamé la deuxième
partie de son mandat en ayant des consultations avec des fonctionnaires de l’Organisation des Nations Unies et des missions diplomatiques. Le
Groupe s’est rendu à Kinshasa le 16 août 2008 afin de commencer 12 semaines de travaux sur le terrain dans la région. 2. Conformément au
paragraphe 19 de la résolution 1807 (2008), le Groupe a poursuivi son approche d’étude de cas, en se concentrant sur les provinces du NordKivu
et du Sud-Kivu, la région de la République démocratique du Congo la plus touchée par les violences, en accordant une attention particulière
aux Forces démocratiques de libération du Rwanda-Forces combattantes abacunguzi (FDLRFOCA) et au Congrès national pour la défense du
peuple (CNDP). 3. Conformément au paragraphe 13 de la résolution 1807 (2008), le Groupe a également effectué des enquêtes sur les personnes
qui avaient commis des violations du droit international humanitaire en ciblant les femmes et les enfants, qui avaient entravé le processus de
désarmement, et qui avaient recruté des enfants soldats. Le Groupe a collaboré étroitement avec la MONUC, les organismes pertinents des
Nations Unies et les organisations locales sur ces questions. 4. Comme l’a demandé le Secrétaire général au paragraphe 5 de la résolution 1807
(2008), le Groupe a effectué des enquêtes sur les envois d’armes en République démocratique du Congo pour lesquels les pays exportateurs n’
avaient pas notifié le Comité des sanctions créé par la résolution 1533 (2004). 5. Le Groupe a également contrôlé l’application par les États
Membres des mesures ciblées concernant les voyages et les finances imposées à des personnes et des entités figurant sur la liste du Comité 1.
6. En application de l’alinéa d) du paragraphe 18 de la résolution 1807 (2008), le Groupe a examiné le lien entre les ressources naturelles et le
financement des groupes armés illégaux. 7. Au cours de ses travaux sur le terrain, le Groupe a rencontré de nombreux interlocuteurs différents,
notamment les autorités civiles et militaires de la République démocratique du Congo et d’autres États de la région, les autorités nationales et
internationales de l’aviation civile, le personnel de la MONUC, des commerçants, des sociétés de transport terrestre et aérien et des membres
anciens et actuels des milices.
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http://www.un.org/sc/committees/1533/pdf/1533list.pdf.

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moins trois sources indépendantes et fiables. 9. Étant donné la nature du conflit en République démocratique du Congo, il existe peu de fondé
la plupart de ses activités de recherche sur les fournitures d’armes et le recrutement sur la base de témoignages vérifiés de témoins fondé la
plupart de ses activités de recherche sur les fournitures d’armes et le recrutement sur la base de témoignages vérifiés de témoins oculaires
provenant des collectivités locales, des anciens combattants et des membres actuels de groupes armés. Dans le cas des anciens soldats et
officiers des groupes armés, le Groupe a effectué des interrogatoires dans un endroit neutre, qui était souvent le camp de démobilisation de la
MONUC à Goma et, si possible, a enregistré les interrogatoires sur bandes vidéo ou audio. Ces interrogatoires ont été placés dans les archives
des Nations Unies. Tous ces anciens combattants se sont présentés à la MONUC en venant de leur groupe armé, sans être passés par les
installations de détention du CNDP, du FDLR ou des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), où ils auraient pu être
influencés. 10. Le Groupe n’a pas de pouvoir de citation à comparaître ou la possibilité d’interroger des témoins sous serment et a dû s’adresser
aux États Membres pour avoir accès à des documents et données confidentiels. Il a envoyé 120 lettres à des gouvernements et à des sociétés
privées à cet égard, avec plus ou moins de succès. Néanmoins, il a réussi à obtenir des données téléphoniques, des données bancaires, des
données concernant les vols, des manifestes concernant les cargaisons, des documents fonciers, des courriels privés et des déclarations aux
douanes concernant ses enquêtes. 11. Le Groupe a bénéficié de la collaboration cordiale des institutions congolaises dans ses efforts pour
obtenir des preuves matérielles. Le Bureau du Procureur a détaché un magistrat à Goma pour aider à obtenir des informations pour les citations
à comparaître qui sont considérées par le Groupe comme importantes pour son mandat. 12. Afin de garantir la sécurité physique de certaines de
ses sources, le Groupe a décidé de transmettre au Conseil de sécurité une annexe confidentielle qui contient les éléments de preuve les plus
délicats. 13. Le Groupe a joint au présent rapport toutes les annexes qu’il considère comme essentielles pour ses arguments. D’autres
documents plus longs, notamment les données téléphoniques et les documents fonciers, peuvent être consultés dans les archives des Nations
Unies.
peuvent être consultés dans les archives des Nations Unies.

peuvent être consultés dans les archives des Nations Unies.


II. Contexte politique
14. Les combats se sont dangereusement intensifiés dans le Nord-Kivu depuis que le Groupe a présenté son rapport d’étape au Conseil de
sécurité, le 28 juillet 2008. À la suite d’un accrochage qui a eu lieu entre les FARDC et les forces du CNDP à

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Ntamugenga (territoire de Rutshuru) le 28 août 2008, des hostilités de grande envergure ont éclaté sur plusieurs fronts dans les territoires de
Masisi et de Rutshuru, opposant les FARDC, les FDLR, la Coalition des patriotes résistants congolais (PARECO) et divers groupes maï maï au
CNDP. Cette reprise des hostilités a provoqué le déplacement de 250 000 personnes et incité le CNDP à se retirer du programme Amani à la fin
du mois d’août. 15. Les combats ont atteint une intensité maximale le 8 octobre 2008, lorsque le CNDP a pris brièvement le contrôle du camp
militaire de Rumangabo (territoire de Rutshuru), capturant un important stock d’armes et de munitions appartenant aux FARDC. La MONUC a
tenté de négocier un plan de désengagement, mais les combats ont recommencé le 26 octobre et le CNDP a repris le contrôle de Rumangabo en
poursuivant son avance jusqu’à quelques kilomètres de Goma. 16. Cette escalade s’est accompagnée de nombreux faits nouveaux qui se
rapportent au mandat du Groupe, notamment le recrutement d’enfants à grande échelle par divers groupes armés, l’afflux d’armes et de
munitions et les violences perpétrées à l’encontre de femmes et d’enfants. 17. Deux processus parallèles ont guidé la démarche suivie par la
communauté internationale à l’égard du conflit : les pourparlers auxquels 22 groupes armés participent dans le cadre du programme Amani pour
appliquer les décisions convenues figurant dans les Actes d’engagement du 23 janvier 2008, et les dispositions indiquées dans le communiqué
de Nairobi (S/2007/679) signé par les Gouvernements de la République démocratique du Congo et du Rwanda pour faire face à la menace que
des groupes armés font peser sur la sécurité dans la région. Les progrès réalisés ont été limités sur les deux plans, mais le programme Amani a
tout de même produit des résultats plus concluants dans le sud du Kivu que dans le nord de cette province. 18. Le Groupe continue d’
enregistrer des tensions entre son mandat et le processus politique. Les fonds que des membres du Gouvernement congolais ont versés pour
nourrir et loger les milices du Rassemblement pour l’unité et la démocratie (RUD)Urunana et de la PARECO stationnées aux alentours de Kasiki
(territoire de Lubero) pourraient être interprétés comme une forme d’assistance à un groupe armé non gouvernemental; les activités
diplomatiques menées par les représentants du CNDP en Ouganda et au Rwanda pourraient également être considérées comme un facteur
important pour la participation du Congrès à la vie politique, alors que le Groupe estime que leur présence dans les deux pays leur a également
permis de rassembler des fonds et d’organiser des approvisionnements.

III. Étude de cas no 1 : le CNDP
19. Le CNDP est un mouvement politique doté d’une aile militaire dénommée « Armée nationale congolaise (ANC) ». Son siège politique, qui est
situé à Kitchanga et à Kilolirwe (territoire de Masisi), est dirigé par son président, le général Laurent Nkunda, et l’aile militaire, qui est placée
sous son commandement, est dirigée par le général Bosco Ntaganda – nom figurant sur la liste des personnes visées par le gel des avoirs et l’
interdiction de voyager arrêtée par le Comité en novembre 2005 – qui est actuellement basé à Runyoni (territoire de Rutshuru).

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20. Le CNDP peut mobiliser entre 4 000 et 7 000 soldats. Après l’offensive du 26 octobre 2008, il a relié entre eux les secteurs ouest et est qui
étaient précédemment séparés en prenant la ville stratégique de Rutshuru. Il contrôle à présent approximativement un tiers de la superficie des
territoires de Masisi et de Rutshuru. 21. Le CNDP a réorganisé sa direction politique le 3 octobre 2008. Deogratias Nzabarinda exerce à présent
les fonctions de secrétaire exécutif et Kambasu Ngeve est son adjoint. René Abandi a été nommé commissaire aux affaires étrangères, le major
Castro Mbera commissaire aux finances et Philo Sankara commissaire adjoint aux finances. Le colonel Innocent Gahizi a été reconduit dans ses
fonctions en tant que chef de la logistique. Ces personnes figurent également parmi les dirigeants du CNDP auquel le Groupe attribue un rôle
majeur dans la collecte de fonds en République démocratique du Congo et à l’étranger. En novembre 2008, la structure militaire du CNDP a aussi
été réorganisée en cinq secteurs opérationnels sous le commandement des colonels Sultani Makenga, Éric Geriat, Munyakazi, Éric Ruohimbere
et Claude Mucho. 22. Le CNDP est une organisation complexe qui s’est dotée d’un appareil comparable à celui d’un État avec des
administrateurs, une fiscalité, un drapeau, deux sites Web, une station de radio, des cours de formation à l’idéologie et un hôpital militaire
propre.

A.

Soutien politique
23. Le CNDP s’appuie sur un réseau de soutien politique et financier qui opère dans l’ensemble de la région des Grands Lacs et couvre plusieurs
continents. Ses représentants, qui, pour la plupart, collaborent volontairement pour des raisons idéologiques, sont déployés à Kigali et à
Kampala où ils ont régulièrement des entretiens avec les ambassades. Le CNDP exerce un attrait particulier au sein de la diaspora tutsie
congolaise. 24. Le CNDP a deux sites Web (www.kivupeace.org et www.cndp-congo.org) :

a) Les deux sites Web présentent des flashes et des bulletins d’information réguliers sur l’évolution de la situation militaire et politique au
Congo avec un parti pris très net en faveur du CNDP et contre le Gouvernement. Ils ont été utilisés pour contester des enquêtes menées par l’
ONU et des groupes internationaux de défense des droits de l’homme sur des violations commises par le CNDP. Le site Kivupeace.org a accueilli
plus de 242 000 visiteurs depuis sa création; b) Les sites Web constituent un vecteur important pour l’idéologie du CNDP. Ce sont des outils
critiques pour les relations publiques et, éventuellement, pour la collecte de fonds. Le Groupe assimile le soutien apporté à ces sites à la
fourniture d’une assistance et de services de conseil ou de formation se rapportant à des activités militaires, y compris un financement, telle qu’
elle est définie au paragraphe 1 de la résolution 1807. Le site Kivupeace.org comporte un lien PayPal pour les dons, même s’il n’a pas été utilisé
pour des contributions importantes jusqu’à présent. Le site cndp-congo.org présente un formulaire d’adhésion que les sympathisants sont
censés envoyer par courrier électronique à l’adresse du CNDP, celui-ci prenant ensuite contact avec eux pour le versement d’une contribution;

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c) Plusieurs dirigeants du CNDP ont des adresses électroniques reliées au site Web qu’ils utilisent pour les relations publiques et les
communications avec le réseau de soutien du CNDP; d) Les deux sites Web considérés sont enregistrés auprès de la société Melbourne IT,
Limited et hébergés sur le serveur de Yahoo!. Le Groupe a écrit à ces sociétés pour les informer que le soutien qu’elles apportent à ces sites
pouvait être considéré comme une assistance à un groupe armé congolais non gouvernemental. Le site Web Kivupeace est enregistré au nom de
Vincent Mbera.

B.

Soutien militaire et enrôlement dans l’armée
25. Le Groupe estime que le CNDP capture l’essentiel de ses armes et de ses munitions lors des offensives contre les FARDC. Il a saisi un
important stock d’armes à Kikuku et Mushaki en décembre 2007 et au cours de deux attaques ultérieures dirigées contre Rumangabo en octobre
2008. Pour transporter les armes, il avait besoin de quatre camions pouvant emporter chacun une charge de six tonnes. Ils ont obtenu sept
mortiers de 82 mm, quatre mortiers de 60 mm, un lance-roquettes sans recul de 75 mm, huit mitrailleuses lourdes, un mortier de 14 mm, 22
roquettes, 130 fusils d’assaut de type AK 47, ainsi que des munitions pour les mortiers et les fusils. Le 8 octobre 2008, à Rumangabo, le CNDP
aurait capturé deux lanceroquettes multiples et divers autres types d’armes lourdes. D’après des officiers de la MONUC, il se serait emparé de
pas moins de 12 camions remplis de munitions appartenant aux FARDC au début du mois de novembre 2008. 26. La corruption au sein des
FARDC a permis au CNDP de bénéficier de complicités aux échelons supérieurs de la hiérarchie militaire, ce qui a contribué à affaiblir l’armée
nationale et à faciliter les transferts d’armes et de munitions en direction du CNDP. Le commandant de la 7e brigade intégrée des FARDC, le
colonel Rigobert Manga, a été suspendu de son commandement et fait l’objet d’une enquête pour mutinerie présumée lorsque le CNDP a pris le
contrôle de Nyanzale, le 6 septembre 2008. Dans un incident analogue qui s’est produit en novembre 2007, la 15e brigade intégrée a été
submergée par les troupes du CNDP à Kikuku et à Nyanzale et dépouillée d’un stock important d’armes et de munitions. D’après des agents de
haut rang des services de renseignement des FARDC, il est possible que des officiers de cette unité aient aussi été impliqués dans cette défaite
en tant que complices, mais la 8e région militaire n’a pas pris l’initiative d’ouvrir une enquête sur la question. 27. Aux dires de nombreux ex-
combattants du CNDP, plusieurs cargaisons d’uniformes auraient été expédiées aux rebelles à partir du Rwanda. Plusieurs soldats ont affirmé,
dans des témoignages individuels, qu’ils avaient reçu de nouveaux uniformes avec le drapeau rwandais sur l’épaule et qu’ils avaient dû l’enlever
avec un rasoir. Un ex-combattant a déclaré être présent lorsque Vincent Mwambutsa, oncle du général Nkunda et membre de la direction du
CNDP, a amené un camion transportant une cargaison d’uniformes à Bunagana en franchissant la frontière ougandaise. Le Groupe s’est procuré
un échantillon de ce drapeau rwandais auprès d’un représentant d’un organisme humanitaire international qui l’avait trouvé dans les locaux du
CNDP à Kitchanga (territoire de Masisi). 28. En octobre 2008, les services de sécurité rwandais ont saisi une cargaison d’uniformes destinée au
CNDP à l’aéroport de Kanombe, à Kigali. Selon des

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sources diplomatiques, un chariot élévateur à fourche aurait percé la caisse qui contenait les uniformes, après quoi la police aurait confisqué la
cargaison et arrêté plusieurs personnes. Cette expédition aurait été effectuée à partir de Boston (ÉtatsUnis). Le 19 novembre 2008, le
Gouvernement rwandais a informé le Groupe que la police rwandaise avait arrêté un certain Claude Nsegiyumva dans le cadre de cette affaire. Il
a également indiqué que cette personne avait été relâchée depuis lors et que les éléments recueillis lors de l’enquête ne permettaient pas de
retenir des charges à l’encontre de l’inculpé. Le Groupe poursuit ses propres investigations à ce sujet. 29. Le Groupe a reçu de nombreuses
allégations selon lesquelles le CNDP réceptionnerait des cargaisons de munitions en provenance de pays voisins, notamment l’Ouganda et le
Rwanda. Il n’a pas été en mesure de les corroborer.

C.

Financement du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP)
30. Le Groupe a appris qu’il existait une caisse commune, complexe réseau financier constitué de Congolais et de Rwandais de la diaspora.
Selon de nombreuses sources proches du CNDP, les membres de ce réseau se réunissent périodiquement à Kigali, Goma, Gisenyi, Kampala,
Johannesburg et Arusha ainsi que dans autres villes d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord, où des particuliers versent des contributions
volontaires. Des comptes placés sous le contrôle d’agents du CNDP ont également été ouverts au Rwanda pour recevoir les dons de cette
caisse. Sont prélevées sur ces comptes des espèces qui sont ensuite confiées à des coursiers chargés de les remettre aux dirigeants du CNDP.
31. Le Groupe a appris au cours de nombreux entretiens, notamment avec des membres des milieux d’affaires et des transfuges du CNDP, que
des hommes d’affaires de Goma appuient le mouvement rebelle ou essaient de l’influencer en lui faisant des dons en espèces, ou en lui
fournissant à titre gracieux des denrées alimentaires ou d’autres articles, notamment des véhicules. Toujours à Goma, d’autres hommes d’
affaires sont pressentis par le mouvement et fortement encouragés à lui faire des dons à titre individuel sous peine de représailles éventuelles.
Les autorités de Goma ont reconnu hésiter à s’attaquer au problème par crainte de répercussions dans le domaine de la sécurité. 32. Le Groupe
a appris qu’un certain nombre de sociétés d’exportation de produits minéraux, de transport et pétrolières servaient peut-être de paravents à des
intérêts du CNDP. 33. Selon de nombreuses sources locales ainsi que d’après les reçus (voir annexe 1) que le Groupe a obtenus, les dirigeants
du CNDP perçoivent des centaines de milliers de dollars en taxes administratives dans la zone qu’ils contrôlent. Ces taxes prennent diverses
formes : a) Prélèvement de 10 kilos de haricots, de sorgho ou de maïs par récolte pour nourrir les soldats; perception de 5 à 10 dollars par an par
hutte de terre ou de paille, de 20 dollars pour une maison avec un toit en tôle ondulée, de 30 à 50 dollars par an pour le chef d’une petite
entreprise. Selon des responsables administratifs, le CNDP s’emploie à l’heure actuelle à instituer également une taxe de vote;

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b) Taxes sur le charbon de bois : le Groupe s’est rendu au marché de Kingi, à cinq heures de marche de la limite du parc national de Virunga, où
il s’est entretenu avec des porteurs de charbon de bois qui lui ont déclaré payer une taxe pouvant aller jusqu’à 3 000 francs congolais (soit
environ 5 dollars) par sac de 30 kilos de charbon de bois (dont la valeur unitaire s’établit localement à environ 18 dollars) aux représentants du
CNDP présents sur le marché. Selon des négociants et des officiers du CNDP, il pouvait se vendre jusqu’à 300 sacs par jour six jours sur sept à
Kingi, ce qui, selon les estimations, représenterait un revenu mensuel pouvant aller jusqu’à 36 000 dollars pour ce seul marché au charbon de
bois. Or le CNDP en contrôle aussi d’autres aux alentours de Burungu et de Kitchanga; c) Droits de péage sur les deux principaux axes routiers
contrôlés par le CNDP, à savoir les routes allant de Saké à Masisi et de Saké à Mweso. Les tarifs ont considérablement augmenté, passant d’
environ 60 à 100 dollars pour un camion de petite taille avant les combats d’août 2008 à plus de 400 dollars pour le même camion depuis. Des
douzaines de camions empruntaient ces deux routes tous les jours avant les combats mais, depuis, la circulation est bloquée par les deux
parties. Depuis que le CNDP a pris le contrôle de la route allant de Goma à Rutshuru à la fin d’octobre, il perçoit là aussi des droits du même
ordre. 34. Comme les terres représentent un aspect important du conflit dans les Kivus, le Groupe a procédé à une analyse des registres fonciers
pour identifier les acquéreurs dans les zones contrôlées par le CNDP et déterminer si les achats avaient été ou non financés par le CNDP.
Posséder des terres et du bétail n’est pas suffisamment lucratif à l’heure actuelle pour constituer l’une des causes principales du conflit mais
demeure symboliquement très important et révélateur des affinités de certains hommes d’affaires : a) En dépit du conflit, de nombreux hommes d’
affaires que l’on dit proches des rebelles ont acheté des terres et du bétail dans le territoire contrôlé par le CNDP. C’est le cas notamment de
Philippe Gatutsi, Fiat Felin, Damien Munyarugerero, Emmanuel Kamanzi, Tribert Rujugiro et Kampala Karitanyi. Le Groupe a obtenu des
documents cadastraux se rapportant à ces transactions. Selon les habitants, ces propriétaires font paître des vaches sur leurs terres et achètent
la protection du CNDP; b) Nombre des éleveurs déjà présents dans la zone n’ont pu faire autrement que de se plier aux exigences des troupes
du CNDP mais ces nouveaux investisseurs savaient pertinemment qu’ils achetaient dans une zone contrôlée par les rebelles; c) Depuis le début
du conflit, de nombreuses vaches ont été transportées du Rwanda en République démocratique du Congo, en partie sous l’effet des restrictions
que les autorités rwandaises ont récemment imposées au pacage. Selon des documents agricoles officiels que le Groupe a vus, des officiers du
CNDP possèderaient plus de 1 500 vaches d’une valeur totale de 450 000 à 750 000 dollars dans une petite partie de leur territoire, et en
compteraient probablement bien davantage dans d’autres zones occupées par le CNDP. D’après les éleveurs, il pourrait y avoir jusqu’à 180 000
vaches au Nord-Kivu, dont un bon nombre dans des territoires que le CNDP contrôle.

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D.

Contrôle du poste frontière de Bunagana par le CNDP
35. Depuis qu’il en a pris le contrôle, l’une des principales sources de revenu du CNDP a été le bureau de douane de Bunagana sur la frontière
entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda. Le Groupe s’est rendu à ce poste frontière pour s’y entretenir avec les douaniers; il a
également rencontré des douaniers à Goma et à Kinshasa. Il a obtenu la preuve que le CNDP avait perçu au moins 700 000 dollars à Bunagana
entre septembre 2007 et septembre 2008, et des indices donnent à penser qu’il a très vraisemblablement touché bien davantage. 36. Des troupes
du CNDP, sous le commandement du colonel Sultani Makenga, contrôlent complètement Bunagana depuis septembre 2007. Un officier placé
sous le commandement de Makenga, le commandant Castro Mbera, a été chargé de réunir les recettes perçues à la douane et il a été nommé
commissaire aux finances du CNDP en octobre 2008. Les troupes du CNDP ont expulsé les agents de l’État, notamment la police et les
responsables de l’une des autorités douanières, la Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de la participation
(DGRAD), et les a remplacés par des agents du CNDP. 37. Les autorités de la République démocratique du Congo continuent néanmoins d’être
représentées à Bunagana par trois autres autorités douanières, l’Office des douanes et accises (OFIDA), l’Office congolais de contrôle (OCC) et
la Direction générale des migrations (DGM). Des représentants du CNDP inspectent une fois par semaine les registres de ces entités qu’ils
obligent à leur remettre une partie des recettes. 38. Des responsables de la DGRAD ont déclaré qu’il avait été perçu 120 000 dollars à Bunagana
entre septembre 2006 et septembre 2007. Selon leurs calculs, étant donné qu’à date en 2008, le nombre de passages de la frontière avait
augmenté d’environ 30 %, le CNDP avait dû encaisser davantage cette année. Le Groupe s’est procuré un document interne de la DGRAD, selon
lequel le montant estimatif des recettes encaissées par le CNDP entre septembre 2007 et septembre 2008 avoisinerait 154 000 dollars. 39. Des
entretiens avec des responsables de l’OCC ont révélé que le CNDP contraignait l’Office à partager ses recettes pour moitié avec lui. Des
documents de l’OCC montrent qu’entre septembre 2007 et août 2008, il lui a remis 399 841 dollars. 40. Le Groupe obtenu des documents
indiquant que le CNDP avait obligé la DGM à lui verser chaque semaine 200 dollars prélevés sur les recettes provenant des taxes d’immigration.
41. Selon l’OFIDA à Kinshasa, ses recettes ont davantage augmenté à Bunagana depuis que le CNDP s’en est emparé que dans n’importe quel
autre bureau de douane au cours de la même période. Le CNDP prétend que l’OFIDA a perçu 1 956 510 520 francs congolais à Bunagana entre
septembre 2007 et juillet 2008 et que lui-même n’a rien prélevé sur ses revenus. Des entretiens ont néanmoins permis au Groupe d’établir qu’il
avait touché un pourcentage des recettes fiscales de l’OFIDA à Bunagana, sans qu’il puisse déterminer les montants en cours. 42. Selon l’
OFIDA, les seules recettes douanières que le CNDP ait revendiquées seraient les taxes routières que lui-même perçoit habituellement. Ces taxes
s’élèvent normalement à 100 dollars pour un camion de grande taille, à 50 dollars pour un

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camion de taille moyenne et à 20 dollars pour une voiture, ce qui représente pour le CNDP un revenu mensuel total de plusieurs milliers de
dollars. Selon les autorités douanières ougandaises, depuis que le CNDP contrôle Bunagana, quelque 1 800 véhicules ont pénétré en
République démocratique du Congo depuis l’Ouganda. Le Groupe a en sa possession des documents prouvant que l’OFIDA a remis le produit
de ces taxes au CNDP (voir annexe 2). Ainsi, entre le 19 septembre 2007 et le 30 avril 2008, il lui a versé 140 919 dollars provenant de taxes
routières et autres menues taxes. 43. Le CNDP a profité à Bunagana d’une forme de fraude fiscale qui sévit ailleurs en République démocratique
du Congo, à savoir les fausses déclarations à l’exportation ou à l’importation. En République démocratique du Congo, on distingue les taxes
frappant le transport de marchandises à grande échelle (« déclaration définitive ») qui doivent être perçues par les autorités douanières dans des
capitales régionales comme Goma, et les taxes frappant le transport de marchandises locales, qui sont prélevées à la frontière (« déclaration
simplifiée »). Selon de nombreuses sources au sein de l’OFIDA, certains agents économiques préfèrent expédier la marchandise en plusieurs
fois de façon à la faire transiter par Bunagana en tant que marchandise locale, moyennant le versement de pots-de-vin au CNDP. 44. Des
douaniers ont informé le Groupe qu’en dépit de l’octroi à un homme d’affaires local du monopole de l’importation du ciment dans le Nord-Kivu,
des négociants transportent quotidiennement en contrebande au moins 150 sacs de 50 kilos de ciment et que le CNDP ferme les yeux en
échange de la somme de 1,45 dollar par sac. 45. Selon certaines informations, le CNDP accorderait un traitement préférentiel aux hommes d’
affaires qui lui sont affiliés en exemptant leurs marchandises de taxes : a) Le Groupe a obtenu de l’Office ougandais des recettes des relevés
douaniers indiquant qu’un camion articulé immatriculé RAB 056 RL 0447 avait franchi la frontière à Bunagana le 8 septembre 2008, soit plus d’
une semaine après le retrait des douaniers de la République démocratique du Congo. Seul le CNDP avait pu l’y autoriser; b) Ce camion a pénétré
à Bunagana à six reprises entre mars et septembre 2008, selon des documents que le Groupe a en sa possession, apportant au total 309 053
litres de carburant en République démocratique du Congo. Selon plusieurs douaniers, il n’a jamais payé de taxes. Des sources fiables ont
identifié ce camion comme appartenant à l’Établissement La Merveille, qui est dirigé par un homme d’affaires rwandais, Steve Muvunyi. Plusieurs
sources, notamment deux anciens officiers du CNDP, des douaniers et des hommes d’affaires locaux, ont indiqué que Muvunyi entretiendrait
des liens étroits avec le CNDP. Des responsables rwandais ont identifié le propriétaire du camion comme étant Télesphore Ndekezi. 46. Le
Groupe a repéré dans l’administration douanière à Goma plusieurs failles qui, de manière générale, facilitent les transports en contrebande et
laissent la porte ouverte au passage non contrôlé d’armes et de munitions par les postes frontière : a) De hauts responsables de l’OFIDA à
Goma ont confirmé au Groupe que, bien souvent, après avoir versé la taxe à la banque centrale, des exportateurs

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remettent leurs reçus à des agents autres que ceux de l’OFIDA pour faire dédouaner leurs marchandises à Bunagana sur simple appel
téléphonique; b) Le Groupe estime que l’absence de garde-fous à l’OFIDA, jointe au fait que les taxes à l’exportation sont souvent payées en
espèces, qui, à la différence des chèques ou des virements, ne laissent pas de traces indélébiles dans le système bancaire, permet aux agents
économiques de sous-évaluer les marchandises et de partager les dessous-de-table. 47. Les autorités de la République démocratique du Congo
ont retiré tous les douaniers de Bunagana le 28 août 2008, mais le CNDP et le Gouvernement ougandais y ont maintenu la frontière ouverte, sous
prétexte qu’ils ne voulaient pas porter préjudice au commerce local ou gêner les habitants. Le CNDP délivre désormais ses propres documents d’
immigration et les autorités ougandaises les acceptent.

E.

Particuliers finançant le CNDP
Raphael Soriano (alias Katebe Katoto) 48. Le Groupe a appris que l’un des financiers du CNDP est Raphael Soriano, riche politicien congolais
membre de l’opposition, originaire de la province de Katanga dans le sud de la République démocratique du Congo mais possédant aussi la
nationalité belge et établi à Bruges (Belgique). M. Soriano, qui est également connu sous le nom de Katebe Katoto, aurait financé précédemment
le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), groupe rebelle appuyé par le Rwanda dont il a brièvement assuré la vice-présidence en
2003. 49. Des témoins oculaires ont révélé au Groupe que non seulement M. Soriano versait des contributions financières au CNDP mais qu’il
apportait également un appui financier et logistique aux Forces républicaines fédéralistes (FRF), groupe rebelle du Sud-Kivu qui lui était
autrefois étroitement affilié. 50. Le Groupe a obtenu la copie de relevés d’un compte bancaire ouvert à la Banque ING à Bruges au nom de Mme
Nele Devriendt, épouse de M. Soriano, montrant les virements effectués à partir de ce compte, sur lequel M. Soriano a une procuration. Parmi ces
virements, le Groupe en a repéré au moins trois qui corroborent les dires des témoins avec lesquels il s’est entretenu au sujet des liens entre M.
Soriano d’une part et le CNDP et les FRF de l’autre (voir annexe 3) : a) Les relevés de la Banque ING confirment que 25 000 dollars ont été virés
le 7 février 2006 du compte de Mme Devriendt à un compte à la Banque commerciale du Rwanda au nom de Mme Élisabeth Uwasse dont la
résidence est donnée comme étant Gisenyi, ville frontière rwandaise proche de Goma. Au cours de son enquête, le Groupe a pu établir que Mme
Uwasse n’était autre que l’épouse du général Laurent Nkunda. Le Groupe a également obtenu un document cadastral faisant référence à Mme
Uwasse en tant qu’épouse de Laurent Mihigo. Le nom complet de Laurent Nkunda est Laurent Nkunda Mihigo (voir annexe 4); b) Les relevés de
la Banque ING confirment également que 20 000 dollars ont été virés le 10 avril 2006 à un compte à la Centenary Rural Development Bank à
Kampala (Ouganda) au nom de Gendarme Rwema. Avant d’obtenir cette confirmation, le Groupe avait déjà établi à partir de sources
indépendantes,

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notamment deux officiers supérieurs des FRF et du CNDP qui avaient personnellement facilité ces transactions, que M. Soriano avait envoyé de
l’argent à M. Rwema, lequel avait pour mission de fournir aux FRF le matériel Motorola et les espèces dont elles avaient besoin pour fonctionner.
Des sources proches des FRF ont également indiqué au Groupe qu’elles avaient vu séjourner chez M. Rwema Dada Abbas et Richard Tawimbi,
individus qui ont tous deux occupés divers postes de direction au sein des FRF. Le Groupe a informé le Gouvernement ougandais des activités
de M. Rwema; c) Enfin les relevés de la Banque ING révèlent également que 60 000 dollars ont été virés le 25 janvier 2006 à un compte à la
Banque de commerce, de développement et d’industrie, établissement rwandais, au nom de Bilal Abdul Kalim Baziki, homme d’affaires libanais
établi à Goma. Selon des témoignages recueillis par le Groupe, notamment auprès d’un ancien officier supérieur du CNDP, M. Bilal a servi d’
intermédiaire pour la réception de capitaux externes destinés au CNDP. Il appartient à une famille libanaise connue, dont de nombreux membres
se sont enfuis de Kinshasa après avoir été accusés d’opérations financières en rapport avec l’assassinat de Laurent Kabila. Le Groupe détient la
copie d’une télécopie adressée à M. Bilal par la Banque ING, confirmant que les 60 000 dollars que lui avait envoyés M. Soriano étaient à remettre
à Ghislain Kikudji (voir annexe 5). M. Kikudji était autrefois le représentant burundais de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération
du Congo-Zaïre (AFDL), mouvement rebelle dirigé par Laurent Kabila. Le Groupe a recueilli plusieurs témoignages indépendants provenant de
sources fiables à Goma et Bujumbura, notamment celui d’un employé ayant contribué à effectuer le virement, indiquant que M. Kikudji était un
proche associé de M. Soriano, qu’il était responsable des virements en espèces importants et qu’il en avait effectué plus d’un depuis le compte
de M. Bilal. Le Groupe a également appris que M. Kikudji avait été arrêté au Rwanda en 2006 pour des raisons se rapportant à ce virement avant
d’être remis aux autorités de la République démocratique du Congo pour interrogation; d) Le Groupe a écrit au Gouvernement rwandais le 27
octobre 2008 pour lui demander le détail de toutes les transactions effectuées à partir des comptes d’Élisabeth Uwasse et de Bilal Abdul Kalim
Baziki, ou vers ces comptes. Il a également écrit au Gouvernement des États-Unis pour lui demander de l’aider à obtenir un relevé des
transactions en dollars des États-Unis associés à ces comptes. Au moment de la soumission du présent rapport, les autorités rwandaises
avaient répondu aux lettres du Groupe en renvoyant ce dernier directement aux banques concernées, ce que le Groupe avait déjà fait dans l’un
des cas pour s’entendre répondre que le Gouvernement rwandais se réservait le droit de communiquer ce type d’information. Le Groupe
continue d’enquêter sur l’affaire. Il redoute que M. Soriano n’utilise des millions de dollars qui auraient été détournés de fonds publics zambiens
pour continuer à financer le CNDP et les FRF. M. Soriano fait actuellement l’objet de poursuites à Londres pour son rôle présumé dans le
détournement de millions de dollars de fonds publics zambiens. Selon des documents du tribunal, il avait conservé cet argent, d’une valeur d’
environ 20 millions de dollars, dans deux comptes, l’un à la Banque KBC en Belgique et l’autre dans une succursale suisse de la banque
néerlandaise ABN-AMRO. Le Groupe a reçu de la Banque KBC des documents indiquant que le compte lié à M. Soriano avait été fermé. Il a cru
comprendre que le compte à la Banque ABNAMRO avait lui aussi été fermé en 2006, et il continue d’enquêter sur cette affaire.

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e) Lors de l’escalade de la violence dans l’est de la République démocratique du Congo à la fin d’octobre 2008, le Groupe a appris de diplomates
étrangers et de sources au CNDP que M. Soriano avait quitté la Belgique pour Kigali au Rwanda. Il continue d’enquêter sur ses activités
actuelles se rapportant au CNDP. Tribert Rujugiro Ayabatwa 51. Le Groupe a reçu des témoignages, provenant notamment de sources internes
au CNDP et de trois anciens officiers supérieurs différents du CNDP, selon lesquels Tribert Rujugiro Ayabatwa, conseiller présidentiel et
fondateur du Rwandan Investment Group, conglomérat du secteur privé qui a l’appui du Gouvernement, jouerait un rôle dans le financement du
CNDP. Un ancien officier supérieur du CNDP a dit au Groupe qu’il voyait M. Rujugiro régulièrement en 2006 dans sa ferme de Kilolirwe, où il
organisait des réunions avec des dirigeants du CNDP, notamment le général Nkunda. 52. M. Rujugiro est originaire de la province du Nord-Kivu.
Il est connu pour avoir été l’un des principaux bailleurs de fond du Front patriotique rwandais (FPR) au cours de la guerre civile rwandaise de
1990-1994. En avril 2001, il a été expressément désigné (sous le nom de Tibere Rujigiro) dans le rapport du Groupe d’experts sur l’exploitation
illégale des ressources naturelles et autres richesses de la République démocratique du Congo 2. Il possède de nombreuses entreprises en
Afrique et au Moyen-Orient, ou y a des intérêts, notamment dans les secteurs du tabac et du bâtiment ainsi que dans les secteurs immobilier et
bancaire. Il a été arrêté à Londres en octobre 2008 en vertu d’un mandat d’arrêt pour fraude fiscale émis par l’Afrique du Sud. L’audience d’
extradition devrait avoir lieu le 28 novembre 2008. 53. Le Groupe a obtenu certains documents cadastraux montrant que M. Rujugiro possède
des centaines d’hectares dans des zones actuellement contrôlées par le CNDP. Il s’est rendu dans l’un de ses ranches de bétail à Kilolirwe
(territoire de Masisi), dans lequel Laurent Nkunda a installé une base d’opérations militaires : a) Bien que M. Rujugiro ait acquis ces propriétés
avant que le CNDP n’occupe la zone, il a continué d’y investir ces dernières années, en achetant deux ranches d’une superficie totale de 300
hectares en juin et juillet 2006 au cœur du territoire contrôlé par le CNDP (voir annexe 6). Le général Nkunda contrôle effectivement la zone
depuis le milieu de l’année 2005; le CNDP a été créé officiellement en juillet 2006; b) Le Groupe a examiné des documents indiquant que M.
Rujugiro compte plus de 650 vaches d’une valeur totale de 300 000 à 400 000 dollars dans les divers ranches qu’il possède dans le territoire du
CNDP. Il a appris au cours d’entretiens avec des exploitants de ranch, des responsables agricoles et des soldats du CNDP que les éleveurs
devaient payer le CNDP pour assurer la protection de leur bétail; c) Des documents cadastraux et le témoignage d’autres exploitants de ranch
prouvent que M. Rujugiro a donné officiellement au colonel Innocent Gahizi, en tant que directeur de ses ranches, une procuration lui
permettant de signer des documents fonciers en son nom (voir annexes 6 et 7). Selon des responsables du
__________________
2

S/2001/357, par. 91 et 197.

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CNDP, des journalistes étrangers et d’anciens combattants, le colonel Gahizi est l’un des commandants les plus influents du CNDP; chargé des
finances et de la logistique, il est en contact étroit avec M. Rujugiro. 54. Le Groupe a obtenu sous forme électronique l’original d’un courriel que
M. Gahizi avait envoyé à M. Rujugiro le 6 juin 2008, pour l’informer qu’il dispose de tout l’« équipement », que « les gens sont prêts » et qu’il se
prépare à se déplacer en direction de la « ville ». Il lui demande de lui dire : « ce que nous devrions faire ». Il ajoute, toujours dans le contexte de l’
appui logistique : « C’est pourquoi on m’a prié d’entrer en contact avec vous pour vous dire que nous ne demanderions pas d’aide avant
décembre ». Il rappelle également à M. Rujugiro de ne pas oublier d’envoyer « l’engin » qu’il a promis. Selon un ancien officier du CNDP qui a vu
ce courriel, il est évident que M. Gahizi s’exprimait de manière codée, ce qui donne à penser qu’il parlait d’opérations militaires (voir annexe 8).
55. Le Groupe a en sa possession également, sous forme électronique, la copie d’un courriel que M. Rujugiro a envoyé à René Munya, un de ses
associés en Afrique du Sud. Il a établi depuis, à partir de courriels et d’entretiens avec des personnes proches du CNDP, que M. Munya était un
organisateur et un mobilisateur de ressources actif pour le compte du CNDP. Dans ce courriel, M. Rujugiro demande à M. Munya de préciser l’
origine de certaines transactions financières, l’« ami » qui les avait effectuées utilisant de multiples identités (voir annexe 9). Le Groupe poursuit
son enquête pour déterminer si ce courriel a un rapport avec le CNDP. 56. Le Groupe a obtenu la copie papier d’un courriel de M. Rujugiro daté
du 28 août 2007, dans lequel il remercie un employé en poste à Doubaï de bien vouloir faire le nécessaire pour mettre à la disposition des « gens
de notre ami Laurent N. » la somme de 120 000 dollars requise pour payer les soldats (voir annexe 10). Le Groupe s’emploie actuellement à
confirmer l’authenticité de ce courriel; après s’être renseigné auprès du gestionnaire du serveur de messagerie électronique de M. Rujugiro, il a
appris que quelques 700 courriels avaient été échangés entre M. Rujugiro et l’adresse électronique indiquée sur la version papier comme étant
celle de l’employé. Le gestionnaire a précisé que ce courriel pouvait avoir été effacé manuellement ou sauvegardé ailleurs si M. Rujugiro
expédiait ses courriels à partir d’une adresse électronique située sur un serveur miroir. Par ailleurs, des responsables américains analysent
actuellement la corbeille arrivée du récipiendaire, qui se trouve sur un serveur aux États-Unis.

F.

Le CNDP et les ressources naturelles
57. Le Groupe s’est rendu sur le terrain à Rubaya, ville située à quelques kilomètres de la mine de coltan de Bibatama dans le territoire de Masisi,
où il a appris de la bouche d’un administrateur local que la police des mines, gagnée au CNDP, surveillait de près la production. La mine elle-
même avait été le siège de plusieurs affrontements depuis quelques années, les plus récents ayant eu lieu en 2006 et en 2007 lorsque le CNDP en
avait disputé le contrôle aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et à la Coalition des patriotes résistants
congolais (PARECO) et avait fini par l’emporter. 58. Édouard Mwangachuchu, sénateur national, a obtenu l’autorisation d’exploiter la mine en
2001. Il exporte le coltan par l’intermédiaire de MH1, son comptoir.

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Selon lui, il est forcé d’accepter la présence du CNDP et de continuer à exploiter la mine de Bitatama car il a besoin d’argent pour payer les 16
000 dollars en taxes qu’il doit au Gouvernement. Des sources dans l’industrie minière indiquent que le général Nkunda l’a autorisé à conserver la
concession en échange d’un pourcentage de la production. M. Mwangachuchu lui-même a fait savoir au Groupe qu’il payait 0,20 dollar par kilo
de coltan exporté au-delà des points de contrôle situés dans le voisinage de la mine, dont il soupçonne qu’ils sont liés au CNDP. 59. Il ressort d’
entretiens que le Groupe a eus avec des sources dans l’industrie minière ainsi que d’un rapport de la MONUC qu’un litige foncier a opposé M.
Mwangachuchu à Bayose Senkoke, homme d’affaires local. Le CNDP a pris le parti de M. Senkoke, lequel a formé un partenariat avec Mboni
Habarugira, responsable de l’OCC établi à Goma, et l’a autorisé à exploiter une partie de la concession. Leur production est écoulée à Goma par
le comptoir MUNSAD que gère Damien Munyarugerero. Selon plusieurs sources, M. Munyarugerero serait proche du CNDP. Comme mentionné
plus haut, il a également acquis plus de 600 hectares de terres de pacage dans le territoire contrôlé par le CNDP depuis que celui-ci l’occupe. 60.
Le Groupe a pu confirmer grâce à des documents d’exportation officiels que MUNSAD avait commencé à exporter du coltan en 2008. La mine de
Bibatama produit chaque semaine des centaines de kilos de minerai de coltan. Les documents montrent qu’en 2008, MUNSAD a exporté jusqu’
ici 8 tonnes de coltan d’une valeur de 64 000 dollars (voir annexe 11). L’acquéreur est Trademet, société belge qui a indiqué avoir travaillé avec le
comptoir MUNSAD et le préfinancer depuis des années. MH1 a produit 13,5 tonnes de coltan entre janvier et mai 2008.

G.

Appui reçu par le CNDP du Gouvernement rwandais
61. Le Groupe a enquêté sur des allégations selon lesquelles le Gouvernement rwandais appuierait le CNDP. Il a trouvé des preuves indiquant
que les autorités rwandaises avaient été complices du recrutement de soldats, notamment d’enfants, avaient facilité la fourniture de matériel
militaire et avaient envoyé des officiers et des unités des Forces de défense rwandaises (RDF) en République démocratique du Congo pour
appuyer le CNDP. 62. Étant donné la nature de cet appui matériel, il existe très peu de preuves documentaires attestant son existence. Le Groupe
a fondé ses conclusions sur des douzaines d’entretiens avec des témoins oculaires de cette collaboration, notamment d’anciens combattants et
officiers du CNDP, des membres des milieux d’affaires, des responsables des services de renseignements régionaux et des témoins oculaires
locaux. Ces témoignages se corroborent les uns des autres et décrivent de manière fiable la participation du Gouvernement rwandais. 63. Le
CNDP dispose de réseaux de recrutement au Rwanda. Dans certains cas, il aurait bénéficié de la complicité de responsables rwandais. Il est
manifeste à tout le moins que le Gouvernement rwandais pourrait faire davantage pour mettre un terme à ces activités. On trouvera ci-après
quelques exemples de ce recrutement : a) De janvier 2007 à octobre 2008, la MONUC a rapatrié plus de 150 Rwandais, dont 29 enfants, dont la
plupart avaient été recrutés par le CNDP au Rwanda en 2007 ou en 2008. Le Groupe s’est entretenu avec 20 de ces anciens

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combattants avant qu’ils ne rentrent au Rwanda et il a obtenu de la MONUC les dossiers de 15 autres individus. Selon lui, ces déserteurs ne
représentent qu’une fraction du nombre total de soldats recrutés au Rwanda; b) La plupart ont été recrutés par des Rwandais ou des Congolais
en civil. Certains des recruteurs auraient été d’anciens officiers de l’armée rwandaise. La plupart des anciens combattants ont indiqué avoir
accepté l’offre de recrutement pour des raisons financières : on leur avait promis des sommes d’argent importantes, allant de 100 à 500 dollars
par mois, mais une fois arrivés en République démocratique du Congo, ils n’ont jamais touché de solde et leurs conditions de vie ont été très
difficiles. La plupart de ceux avec lesquels le Groupe s’est entretenu ont été capturés de force par des hommes en civil; c) D’après une douzaine
de ces recrues, certains incidents qui s’étaient produits lors de leur recrutement donnent à penser que celui-ci se faisait avec la complicité des
autorités rwandaises. Un enfant de 12 ans originaire de Nkamira a témoigné devant la MONUC : « J’ai été capturé [en juillet 2007], alors que je
gardais les troupeaux sur nos terres à Nkamira, par cinq hommes portant des uniformes qui paraissaient être ceux des Forces rwandaises de
défense. Mais, étonnamment, ces hommes nous ont accompagnés ainsi qu’une quinzaine d’autres jusqu’à Kilolirwe (Congo) à travers le parc de
Virunga »; d) Trois anciens combattants ont témoigné être passés par les services d’immigration sans qu’on leur demande leurs papiers,
ajoutant que les agents de la police des frontières connaissaient l’homme qui les avait recrutés. De l’autre côté de la frontière, ils avaient
soudoyé les fonctionnaires de la République démocratique du Congo; e) Bien que nombre de nouvelles recrues traversent Goma pour se rendre
dans les camps d’entraînement de Masisi, d’autres y arrivent par le parc national des volcans dans le nord-ouest du Rwanda. Là, les anciens
combattants entrent en République démocratique du Congo par le versant méridional du volcan Sabinyo. Ces sentiers forestiers sont bien
connus des habitants de l’endroit. L’armée rwandaise a une base militaire à Kinigi, près du parc national qu’elle patrouille régulièrement. À la
connaissance du Groupe, elle n’a toutefois jamais arrêté aucune de ces recrues du CNDP; f) Au cours d’un entretien enregistré, un ancien
combattant congolais du CNDP, adolescent de 16 ans originaire de Tongo, a indiqué : « De nouvelles recrues – dont des enfants – nous
arrivaient du Rwanda, nous allions les chercher à la frontière dans le parc près du volcan Sabinyo. L’armée rwandaise les amenait jusqu’à la
frontière et faisait demi-tour ». Deux autres anciens officiers du CNDP ont témoigné dans le même sens; g) Dans un cas, des officiers rwandais
auraient été présents au moment du recrutement; dans un autre, des camions militaires rwandais auraient été utilisés pour transporter les
recrues de Ruhengeri à Gisenyi, d’où ils auraient continué à pied pour franchir la frontière; h) Selon des informations obtenues par le Groupe, le
CNDP a continué de recruter dans le camp de réfugiés de Kibiza au Rwanda, où se trouvaient quelque 16 000 réfugiés congolais. D’après
différentes sources, il est arrivé que des policiers ou des responsables administratifs rwandais soient présents au moment du recrutement. Ces
campagnes de recrutement rappellent beaucoup celles dont le

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Groupe avait fait état, preuves à l’appui, dans son rapport de janvier 2005 (S/2005/30). Il a demandé officiellement aux autorités rwandaises, le 8
octobre 2008, l’autorisation d’entrer dans le camp et s’emploie actuellement à organiser cette visite. 64. Comme mentionné plus haut, de
nombreux anciens combattants du CNDP, tant congolais que rwandais, ont témoigné que des officiers et des unités de l’armée rwandaise
appuyaient le CNDP en territoire congolais : a) Le Groupe a été informé à plusieurs reprises que des éléments de l’armée rwandaise se trouvaient
dans les rangs du CNDP et que celui-ci bénéficiait de l’appui d’unités rwandaises. Huit anciens combattants du CNDP ont témoigné devant le
Groupe que des officiers ou des unités rwandaises de l’armée active appuyaient le CNDP. Dans un cas, un ancien soldat rwandais du CNDP a
indiqué au Groupe au cours d’un entretien enregistré qu’il avait reconnu son oncle, deuxième lieutenant dans l’armée rwandaise, et que celui-ci
lui avait dit toucher encore sa solde. Dans six autres cas, des anciens combattants du CNDP ont dit au Groupe tenir de la bouche même de leur
commandant qu’ils étaient appuyés par le Rwanda; plusieurs d’entre eux ont vu de petites unités formées de l’armée rwandaise pénétrer en
République démocratique du Congo pour venir en aide au CNDP; b) Ces infiltrations à travers le parc se font généralement depuis Njerima à la
frontière rwandaise par Kabara, Bitsitsi, Magarure, Nyesisi, Bukima et Runyoni jusqu’à Chanzo ou directement depuis Kinigi (Rwanda) jusqu’à
Sabinyo puis Chanzo; c) Le Groupe a enregistré un entretien avec un fermier congolais qui, le 10 juin 2008, coupait du bambou à Ruhungeta
dans le parc national de Virunga lorsqu’il fut fait prisonnier par une centaine de soldats qui venaient du Rwanda. Ruhungeta se trouve à 2
kilomètres de la frontière rwandaise et, selon lui, il était manifeste que les soldats en venaient. À leur accent, il a compris qu’ils étaient rwandais.
Ils étaient tous armés et en uniforme militaire. Il fut gardé en captivité jusqu’au 30 juin 2008, date à laquelle il réussit à s’échapper; d) D’après des
informations communiquées par la MONUC et selon des sources locales, un bataillon de l’armée rwandaise en poste de l’autre côté de la
frontière par rapport à Kibumba (territoire de Rutshuru) a fait plusieurs incursions ciblées en territoire congolais pour attaquer des positions des
Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) tout près de la frontière. Le 1er mai 2008, une dizaine de soldats rwandais ont franchi la
frontière pour se rendre au marché de Ruhunda où ils ont enlevé un officier des FDLR, le capitaine Kasereka, après avoir tué Issa Molimo, soldat
appartenant à la 83e brigade des FARDC. Le Groupe a reçu confirmation de cet incident auprès de la MONUC et de la population locale. Le
second incident a eu lieu en août 2008, lorsqu’un groupe de soldats rwandais a blessé un commandant des FDLR ainsi que la femme chez
laquelle il se trouvait. 65. Le Groupe a obtenu des relevés de conversations téléphoniques par satellite de membres du CNDP ainsi que de
responsables des FRF pour la période allant d’août 2007 à septembre 2008. Ces relevés indiquent clairement que les deux groupes, en particulier
les FRF, communiquent avec le haut commandement de l’armée rwandaise et avec la présidence rwandaise. Le Groupe ne peut pas garantir la
teneur de ces conversations mais elles ont été suffisamment fréquentes et suffisamment

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longues pour indiquer qu’il y eut au moins un échange d’informations très soutenu. Il a versé ces relevés aux archives de l’ONU. 66. Le Groupe
dispose de preuves indiquant que l’armée rwandaise a appuyé le CNDP au cours de sa récente offensive du 26 au 30 octobre 2008 : a) Selon
quatre témoins oculaires que le Groupe a interrogés séparément à Gasizi et à Ruhunda, villages congolais situés le long de la frontière
rwandaise directement à l’est de Kibumba, au moins deux chars rwandais ont été déployés au poste frontière de Kabuhanga le 25 ou le 26
octobre 2008. Lors d’un déplacement sur les lieux, le Groupe a constaté que ce poste frontière dominait le camp de réfugiés de Kibumba et que
les tirs de ces chars auraient pu atteindre le quartier général de la 83e brigade des FARDC à Kanyamahoro; b) Les mêmes sources locales
indiquent uniformément que les 25 et 26 octobre 2008, elles ont vu des troupes traverser la frontière à partir du Rwanda et traverser Kikeri et la
zone forestière de Mashari pour appuyer l’avancée du CNDP. Le Groupe n’a pas été en mesure d’établir avec certitude s’il s’agissait de troupes
rwandaises ou de soldats du CNDP, mais ses sources sont sûres que ces hommes venaient du territoire rwandais; c) À la suite d’escarmouches
avec les FARDC, le 25 octobre 2008, le CNDP a lancé contre elles une grande offensive; il s’est emparé pour la deuxième fois en un mois du
camp militaire de Rumangabo et il a marché sur Goma. Le 28 octobre 2008, les FARDC et des hélicoptères d’attaque de la MONUC l’ont repoussé
dans une zone située juste au nord du camp de déplacés de Kibumba. Le lendemain toutefois, le CNDP a repris l’offensive avec une puissance
de feu accrue sur le front sud près de Kibumba et sur le front nord près de Rubare. Certains officiers étrangers déployés sur le terrain ont conclu
que cet accroissement de sa puissance de feu s’expliquait par un appui externe; d) Le 29 octobre 2008, des officiers supérieurs de la MONUC et
des journalistes étrangers ont observé des tirs de char et des tirs de mortier à l’appui de l’offensive du CNDP venant du côté de la frontière
rwandaise aux alentours de Kabuhanga. Selon des habitants avec lesquels le Groupe s’est entretenu, il ne s’agissait pas d’une zone
préalablement sous le contrôle du CNDP et il est vraisemblable que les armes y avaient été transportées à travers le territoire rwandais; e) Dans l’
après-midi du 29 octobre 2008, la MONUC a signalé que l’un de ses hélicoptères d’attaque déployés autour de Kibumba avait essuyé les tirs d’
une batterie antiaérienne venant du côté de la frontière rwandaise. Bien que le CNDP possède des batteries antiaériennes – le Groupe en a vu
une à Kabuhanga le 9 novembre 2008 –, la provenance et la puissance de ces tirs donnent à penser que la batterie avait été transportée par la
route. Or les FARDC contrôlaient toutes les routes d’accès à la zone Ruhunda-Kabuhanga sauf celles qui venaient du Rwanda. Il est donc
vraisemblable que la batterie antiaérienne avait transité par le territoire rwandais; f) Selon des sources haut placées au sein de la MONUC et des
FARDC, les tirs de char et de mortier ont permis au CNDP de percer les lignes de défense des FARDC et de fragmenter leurs effectifs au moment
de son avancée vers Goma.

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67. Le 9 novembre 2008, des membres du Groupe ont vu le général Bosco Ntaganda, chef d’état-major du CNDP, franchir la frontière à
Kabuhanga et émerger d’une jeep Landrover Defender en compagnie d’une douzaine de soldats. Il venait d’une zone neutre large d’un ou deux
kilomètres située entre les frontières rwandaise et congolaise. Le Groupe n’a pas été autorisé à franchir la frontière congolaise pour aller voir ce
qu’il y avait au-delà mais des habitants l’ont informé que la route ne conduisait nulle part ailleurs qu’à la frontière rwandaise. Le Groupe estime
que, selon toute probabilité, le général Ntaganda venait du territoire rwandais. 68. Le Rwanda a également servi de base arrière au CNDP d’autres
manières :

a) Comme expliqué plus haut, le CNDP utilise, pour son financement, des comptes bancaires au Rwanda; b) Des responsables du CNDP
possèdent des maisons au Rwanda et ils y ont des familles auxquelles ils rendent visite. Des délégués du CNDP y fréquentent régulièrement
certaines ambassades, en dépit du communiqué de Nairobi dans lequel le Gouvernement rwandais s’est engagé à empêcher les membres du
CNDP de pénétrer dans le pays et d’en sortir; c) Le Groupe a appris, notamment de la bouche d’agents du CNDP et d’hommes d’affaires locaux,
que des réunions d’appel de fonds avaient été organisées régulièrement à Gisenyi, notamment au cours de l’offensive sur Goma de la fin d’
octobre 2008; d) Les dirigeants du CNDP utilisent pour une grande partie de leurs communications une série consécutive de numéros de
téléphone cellulaire de MTN Rwandacell. Jusqu’en septembre 2008, lorsque les pylônes de transmission ont été mis hors service, les téléphones
de Rwandacell pouvaient fonctionner sur le réseau Supercell qui desservait Masisi et Rutshuru en République démocratique du Congo. Le
CNDP achète ou reçoit régulièrement des crédits de communication pour ces téléphones par l’intermédiaire de représentants au Rwanda.
Suivant des documents que le Groupe a obtenus, l’un des téléphones satellitaires qu’utilise le CNDP a été affecté à un particulier, Lambert
Amahoro, établi à Kigali; e) Comme indiqué plus haut, certains des camions qui approvisionnent le CNDP en carburant et en marchandises sont
immatriculés au Rwanda; f) Le Groupe a communiqué des informations détaillées sur ces activités aux autorités rwandaises, auxquelles il a
demandé des précisions concernant les numéros de téléphone, les comptes bancaires et les camions. Il a reçu le 19 novembre 2008 du
Gouvernement rwandais une réponse dont il assurera le suivi.

IV. Étude de cas II : Forces démocratiques de libération du Rwanda
A. Direction politique en Europe
69. La direction politique des FDLR continue d’opérer en Europe. Ses membres les plus actifs sont le Président Ignace Murwanashyaka et le
Secrétaire exécutif Callixte Mbarushimana. Ce dernier a été accusé de crimes de guerre et arrêté en Allemagne en juillet 2008, mais a été relâché
en novembre de la même année.

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70. MM. Murwanashyaka et Mbarushimana continuent d’établir des communiqués de presse et de parler à la presse. Depuis le début de l’année
2008, ils ont signé 24 déclarations à la presse au nom des FDLR et ont été cités par de nombreux médias internationaux. L’analyse des registres
d’appels par satellite que s’est procuré le Groupe d’experts révèle que M. Murwanashyaka s’entretient plusieurs fois par semaine avec le général
Sylvestre Mudacumura, commandant des FDLR, et est régulièrement en contact avec le colonel Léopold Mujyambere, commandant des FDLR au
Sud-Kivu, ainsi qu’avec d’autres commandants. Selon les anciens officiers des FDLR interrogés par le Groupe qui avaient travaillé avec MM.
Mudacumura et Mujyambere, M. Murwanashyaka participe à la prise des décisions opérationnelles courantes. D’après les nombreux
témoignages cohérents recueillis auprès d’anciens soldats des FDLR, M. Murwanashyaka est allé rencontrer les contingents déployés dans les
Kivus en 2005 afin de leur verser des centaines de milliers de dollars, dont les soldats pensaient qu’ils représentaient des arriérés de soldes
payés par les autorités de la République démocratique du Congo en contrepartie de leurs efforts. 71. Les FDLR tiennent un site Web (www.fdlr.
org) hébergé sur un serveur français (www.ovh.net) et enregistré au nom d’Ignace Murwanashyaka. Les FDLR s’en servent pour publier des
communiqués de presse et présenter leur version des événements récents. Le Groupe a écrit à l’hébergeur afin de l’informer que le l’
hébergement de ce site Web pouvait être considéré comme un soutien à un groupe armé congolais non gouvernemental.

B.

Financement des FDLR grâce aux ressources naturelles
72. La principale source de financement des FDLR est le commerce illicite des ressources minérales. Le Groupe d’experts s’est rendu dans des
zones minières contrôlées par les FDLR et s’est entretenu avec des ONG, des civils et des commerçants en minéraux travaillant dans ces
régions, ainsi qu’avec des excombattants des FDLR à Goma et au Rwanda. Le Groupe a dressé un état des lieux des opérations minières des
FDLR et mis en évidence les filières reliant ces activités à certains exportateurs situés dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu, ainsi qu’
aux consommateurs étrangers en bout de chaîne. Le Groupe souhaite établir avec précision le degré de responsabilité des individus et
entreprises qui, dans le pays et à l’étranger, achètent sciemment des minéraux extraits de mines contrôlées par les FDLR. Il pense que les actions
ciblées contre les compagnies qui se rendent complices du commerce systématique de minéraux avec les FDR et la promotion des mesures de
diligence raisonnable tout au long de la chaîne mondiale d’approvisionnement en minéraux sont des moyens efficaces de tarir le financement
des FDLR. Le Groupe souligne que ses prédécesseurs rencontrent des commerçants en minéraux des deux Kivus depuis 2006, date à laquelle, à
l’alinéa d) du paragraphe 5 de sa résolution 1698 (2006), le Conseil de sécurité a chargé le Groupe d’étudier les liens entre le commerce des
minéraux et le trafic d’armes. Depuis, le Groupe d’experts a toujours appelé l’attention sur les rapports qui existent entre les groupes armés non
gouvernementaux et l’exploitation des minéraux. Il ne fait pas de doute que les négociants dont le nom figure ci-après savent que de tels
groupes tirent des bénéfices de ce trafic et ne sont pas assez vigilants quant à l’origine des minéraux qu’ils achètent. 73. Le Groupe estime que
les FDLR tirent des bénéfices se chiffrant en millions de dollars par an du commerce de minéraux dans l’est de la République démocratique

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du Congo, en particulier la cassitérite, l’or, le coltan et la wolframite. Le commerce des minéraux revêt une très grande importance pour les FDLR,
dont les commandants détachent des unités chargées de taxer et contrôler les échanges dans le cadre d’un système dit de « logistique non
conventionnelle ». Des ex-combattants ont informé le Groupe que les fonds perçus par les FDLR remontaient vers le sommet de la hiérarchie du
mouvement. 74. La réglementation minière de la République démocratique du Congo fait la distinction entre les marchands locaux, ou
négociants, qui sont habilités à faire des achats sur le terrain et à vendre leurs produits à n’importe quel exportateur du pays, et les comptoirs
qui ne sont autorisés qu’à vendre à l’exportation. Les comptoirs prétendent souvent que, n’étant pas impliqués en théorie dans l’achat des
minéraux sur le terrain, ils ne connaissent pas l’origine des produits qu’ils achètent. Plusieurs négociants ont cependant indiqué au Groupe d’
experts que les comptoirs ont besoin de savoir d’où proviennent leurs produits, la teneur en minerai variant d’une région à l’autre. En outre, ces
centrales d’achat sont au courant de la présence de groupes armés puisque les taxes que ceux-ci prélèvent font souvent monter les prix. Dans
les faits, de nombreux comptoirs travaillent avec des négociants attitrés qu’ils connaissent et en qui ils ont confiance, dont ils préfinancent les
activités. Ces négociants entretiennent souvent des relations étroites avec les FDLR sur les sites d’exploitation minière. 75. Le Groupe d’experts
a analysé des centaines de documents de transport officiels concernant des minéraux, émis par les autorités gouvernementales aux centres de
transit où arrivent les minéraux avant d’être chargés à bord de camions à destination de Goma, d’Uvira, de Butembo et de Bukavu. Nombre de
ces documents confirment que certains négociants effectuent systématiquement leurs achats dans des zones contrôlées par les FDLR et
envoient toujours leur marchandise aux mêmes comptoirs. 76. Le Groupe a également examiné des documents officiels d’exportation et des
documents du Ministère des mines qui montrent que certains comptoirs faisant affaire dans des zones contrôlées par les FDLR vendent leurs
produits à un nombre restreint de sociétés étrangères. Plusieurs négociants ainsi que le directeur d’une société d’achat étrangère ont informé le
Groupe que certaines entreprises étrangères préfinancent leurs « propres » comptoirs, ce qui revient à admettre qu’il existe une filière de
financement entre ces entreprises et les mines contrôlées par les FDLR. 77. Selon les estimations du Groupe, les FDLR contrôlent la majorité des
principaux sites miniers artisanaux du Sud-Kivu, à savoir essentiellement des mines de cassitérite, d’or et de coltan. Dans le Nord-Kivu, les FDLR
contrôlent de nombreuses mines d’or situées dans la jungle à l’ouest de la localité de Lubero. Le groupe rebelle est également mêlé au trafic de
minéraux par voie routière depuis Walikale et contrôle la grande majorité du territoire du parc national de Kahuzi Biega, riche en ressources
minérales. Réseaux et acheteurs finals au Sud-Kivu 78. Le Groupe d’experts a établi que plusieurs comptoirs à Bukavu participaient directement
au préfinancement de négociants, lesquels travaillent en étroite collaboration avec les FDLR. Il s’agit du Groupe Olive, de l’Établissement
Muyeye, de MDM, de la World Mining Company (WMC) et de l’Établissement Panju. Ces sociétés sont les cinq principaux exportateurs de
cassitérite, de coltan et de

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wolframite du Sud-Kivu, d’après les statistiques gouvernementales pour 2007, et sont expressément habilitées à exporter des minéraux par les
autorités nationales. Le Groupe d’experts dispose également d’éléments de preuve qui montrent que l’Établissement Namukaya, un comptoir d’
or du Sud-Kivu, participe aussi très activement au préfinancement d’achats d’or dans les zones contrôlées par les FDLR au Sud-Kivu. 79. Il
ressort d’entretiens avec des commerçants en minéraux, des déserteurs des FDLR et des employés du Groupe Olive, de l’Établissement Panju,
de la WMC de MDM et de l’Établissement Muyeye, que ces entreprises savent que certaines mines auprès desquelles elles font leurs achats sont
contrôlées par les FDLR. Le Groupe d’experts a observé qu’il était de notoriété publique, dans les entreprises minières du Sud-Kivu, que telle ou
telle mine était sous la mainmise d’un groupe armé donné. 80. D’après des documents officiels du Ministère des mines et un document publié par
la Fédération des entreprises du Congo (FEC), le Groupe Olive est dirigé par Namegabe Mudekereza, Président du Conseil provincial du Sud-
Kivu de la FEC. L’Établissement Muyeye est dirigé par un autre homme d’affaires influent, Byaboshi Muyeye. MDM est une entreprise conjointe,
dirigée officiellement par M. Mudekereza mais comptant d’autres actionnaires, dont Michel Defayi, citoyen belge, et, selon les rumeurs, Édouard
Kitambala, qui est également à la tête de WMC. L’Établissement Panju appartient à Zulfikar Ali Panju. On ne connaît pas encore avec précision la
structure du capital social de ces entreprises, mais la FEC confirme qu’elles sont la propriété des individus susmentionnés (voir annexe 12). L’
Établissement Namukaya est dirigé par Évariste Shamamba, un homme d’affaires de Bukavu qui détient le quasi-monopole du commerce de l’or
dans le Sud-Kivu. 81. Le Groupe d’experts s’est rendu dans la localité de Numbi, dans le territoire de Kalehe (Sud-Kivu), où il a obtenu des
informations sur plusieurs mines de cassitérite, de coltan, d’or et de wolframite situées à proximité et contrôlées par des groupes armés,
principalement les FDLR et les PARECO, certaines étant contrôlées conjointement par des éléments des 3e et 8e brigades intégrées des FARDC.
Des résidents de Numbi ont expliqué au Groupe que des officiers armés des FDLR fréquentaient le marché aux minéraux hebdomadaire de la
ville. Des fonctionnaires des mines ont fourni au Groupe des informations permettant de déterminer quelles mines sont contrôlées par les
différents groupes armés. Des résidents, des administrateurs locaux et des fonctionnaires des douanes ont confirmé que la plupart des
minéraux arrivant à Numbi étaient extraits de mines contrôlées par les FDLR et les PARECO. 82. Le Groupe a examiné des documents officiels se
trouvant à Numbi qui indiquent que plusieurs négociants effectuent des achats dans la ville. L’inspecteur en chef des mines de Numbi a relevé
que le principal acheteur de cassitérite était WMC, qui, d’après des documents officiels, avait acheté des dizaines de tonnes de minerai, tandis
que MH1 était le principal acheteur de coltan. Le plus important acheteur d’or est un négociant agréé du nom de Majambere Gikeri, que le
Groupe a identifié par la suite, d’après divers témoignages, comme étant un homme d’affaires fortuné installé au Rwanda. 83. Dans la localité de
Mwenga, le Groupe d’experts s’est entretenu avec des représentants de négociants qui achètent des minéraux au nom de certains comptoirs
auprès de mines contrôlées par les FDLR. Plusieurs d’entre eux ont reconnu avoir

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reçu à l’avance des sommes importantes de la part des comptoirs, par l’intermédiaire des négociants. Par exemple, des représentants de la mine
de Zombe, une importante mine contrôlée par les FDLR à proximité de Mwenga, ont déclaré au Groupe d’experts que les minéraux achetés dans
cette mine l’étaient essentiellement au nom de MDM, de l’Établissement Muyeye et du Groupe Olive. Des documents officiels de la Division des
mines à Mwenga indiquent que des milliers de kilogrammes de cassitérite ont été achetés à Zombe au nom de Tchikoma, un négociant qui, selon
des fonctionnaires des mines et des marchands, travaille pour le compte de MDM. Le Groupe d’experts a également eu connaissance de
documents montrant que le Groupe Olive était actif dans la région de Zombe en 2008 (voir annexe 13). 84. Un représentant local du Groupe Olive
à Mwenga a reconnu avoir été payé directement par M. Mudekereza, qui l’avait chargé d’acheter des minéraux à Zombe. Des marchands locaux
ont également confirmé la présence d’un autre négociant, connu localement sous le nom de « Shaba Deux », qui fournit MDM en minéraux. Deux
déserteurs des FDLR, l’un originaire de Mwenga et l’autre de Hombo, à la frontière entre les deux Kivus, ont indiqué au Groupe d’experts que «
Shaba Deux » était l’un des principaux acheteurs de cassitérite dans les mines contrôlées par les FDLR. La description physique qu’ils ont
donnée de l’individu en question correspondait à celle donnée par le président de l’association de négociants à Bukavu, qui a identifié « Shaba
Deux » comme étant M. Ciruza, un marchand travaillant pour l’entreprise de fret Agefreco. M. Ciruza a refusé d’admettre au Groupe d’experts qu’
il achetait des minéraux auprès des FDLR, mais l’a reconnu lors d’un entretien en tête-à-tête avec une autre source. 85. Le Groupe s’est rendu à
Lemera, où il obtenu des informations selon lesquelles des soldats des FDLR apportaient à Lemera de la cassitérite, de l’or et du coltan extraits
de mines sous leur contrôle afin de vendre leurs chargements à des marchands locaux. Le Groupe a obtenu confirmation auprès de
responsables locaux, d’ONG, de civils et d’officiers locaux des FARDC que les FDLR acheminaient leurs minéraux depuis la région d’Itombwe,
dans le Sud-Kivu, afin de les vendre à Lemera. Des fonctionnaires des mines ont indiqué que le Groupe Olive, l’Établissement Muyeye, MDM et
la WMC avaient été les principaux acheteurs à Lemera au cours des deux dernières années. D’après les témoignages reçus par le Groupe, M.
Mudekereza lui-même s’est rendu à Lemera, aux abords de laquelle il possède une concession minière. 86. S’appuyant sur les travaux du
précédent Groupe d’experts, qui s’était rendu en 2007 dans la ville isolée de Lulingu, à la limite du parc national de Kahuzi Biega, le Groupe s’est
entretenu avec des transporteurs qui acheminent des minéraux depuis Lulingu, un garde forestier vivant dans la localité et des employés d’une
ONG locale. Tous ont confirmé que les FDLR contrôlent les mines à l’intérieur du parc et font appel à des intermédiaires pour transporter les
minéraux jusqu’à l’aérodrome de Lulingu. Celui-ci est contrôlé et taxé par des unités de la 18e brigade intégrée des FARDC. Des sources ont
confirmé que les marchands savent qu’ils achètent des minéraux auprès des FDLR et communiquent avec celles-ci en passant par des
intermédiaires. Ces mêmes sources ont indiqué que la WMC, l’Établissement Muyeye, l’Établissement Panju et MDM achetaient tous des
minéraux en provenance de Lulingu. Des documents officiels confirment ces informations. Des personnes interrogées à Lulingu ont rapporté
que plus de 90 % des minéraux

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arrivant à l’aérodrome de Lulingu provenaient de zones contrôlées par les FDLR (voir annexe 14). 87. Le Groupe a appris qu’Uvira, où arrivent
des chargements d’or depuis les mines contrôlées par les FDLR dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu, était le siège d’un commerce lucratif de l’
or. Plusieurs civils et marchands ont indiqué au Groupe que Djuma Tatu, un marchand d’or local, préfinançait l’essentiel de son négoce. Le
Groupe a examiné des documents officiels qui montrent que M. Tatu avait vendu son or à l’Établissement Namukaya à Bukavu, pour un chiffre
de vente dépassant souvent les 20 000 dollars mensuels (voir annexe 15). Le Groupe a été informé que M. Tatu se rendait souvent à Bujumbura
pour y faire le commerce de l’or. Le Groupe s’est entretenu avec des représentants d’ONG et des marchands qui s’étaient rendus sur des sites d’
exploitation minière des FDLR et ont confirmé que l’Établissement Namukaya et M. Tatu étaient parmi leurs principaux clients. 88. Le Groupe d’
experts s’est procuré des documents officiels montrant qu’en 2007, les seuls importateurs de cassitérite et de coltan s’approvisionnant auprès
du Groupe Olive, de l’Établissement Muyeye, de la WMC et de MDM étaient la société belge Traxys et la société Afrimex, sise au Royaume-Uni.
Des sources issues du secteur minier, dont un employé de la WMC, ont indiqué que Traxys contrôlait dans les faits la WMC et préfinançait d’
autres sociétés. En 2007, Traxys a officiellement acheté 1 631 tonnes de cassitérite auprès de ces quatre comptoirs ainsi que 226 tonnes de
coltan. Afrimex, qui est dirigée par la famille Kotecha et possède des bureaux à Bukavu depuis des décennies, a acheté 832 tonnes de cassitérite
en 2007 par l’intermédiaire de l’Établissement Muyeye. Le Groupe a également eu connaissance de documents indiquant que la totalité des
minéraux achetés par l’Établissement Panju avaient été vendus à la Thailand Smelting and Refining Company. 89. Le Groupe a demandé par écrit
à Traxys et Afrimex de lui communiquer un état de toutes les transactions financières qu’elles avaient effectuées avec ces sociétés, ainsi que
des informations détaillées concernant l’ensemble des arrangements de préfinancement. Traxys a confirmé qu’elle entretenait des relations d’
achat avec ces fournisseurs mais a démenti l’existence de quelconques accords de préfinancement. Afrimex, dont les autorités britanniques ont
récemment jugé qu’elle avait enfreint les Principes directeurs à l’intention des entreprises multinationales établis par l’Organisation de
coopération et de développement économiques (OCDE), a informé le Groupe qu’elle avait cessé d’acheter des minéraux. 90. Le Groupe a
également déduit, à la suite d’entretiens avec plusieurs personnes travaillant dans l’industrie de l’or, que le minerai d’or acheté par l’
Établissement Namukaya et M. Tatu avait été vendu essentiellement à Bujumbura à deux sociétés, à savoir Gold Link Burundi Trading et la Farrel
Trade and Investment Corporation. Ces deux sociétés entretiennent depuis longtemps des liens privilégiés avec des comptoirs congolais, en
particulier l’Établissement Namukaya. 91. Le Groupe a reçu des documents envoyés par Emirates Gold (Émirats arabes unis) indiquant que cette
société avait fait affaire avec Rajendra (Raju) Vaya et Vipul Kumar, sous le nom de Farrel Trade and Investment Corporation, à Bujumbura. M.
Vaya est enregistré en tant que Directeur de Machanga Limited, une entreprise basée à Kampala dont le nom a été ajouté à la liste du Comité des

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sanctions en mars 2007 3. D’après ces documents, Emirates Gold a fait affaire avec la Farrel Trade and Investment Corporation en avril 2007. Le
Groupe détient également des documents montrant qu’Emirates Gold a mené une transaction commerciale avec Machanga Limited en octobre
2007 (voir annexe 16). 92. M. Vaya a informé le Groupe d’experts qu’il avait cessé ses activités au Burundi et rompu les liens avec ses partenaires
locaux. Toutefois, Emirates Gold a indiqué par écrit qu’elle achetait de l’or auprès d’Ushindi Exports, au Kenya. M. Vaya, Directeur de Machanga
Limited, a reconnu que des membres de sa famille étaient propriétaires d’Ushindi Exports. Des sources issues du secteur ont également informé
le Groupe que Machanga Limited continuait de faire le commerce de l’or congolais depuis Nairobi et en passant par une société écran à
Kampala. 93. Gold Link Burundi Trading est une société dirigée par un national burundais, Mutoka Ruganyira, qui fournissait auparavant
Machanga Limited en or à Bujumbura. Le Groupe a examiné des documents de l’aviation civile qui montrent que des centaines de kilogrammes d’
or ont été transportés par avion à Doubaï par Gold Link Burundi Trading et que plusieurs millions de dollars en liquide ont été amenés à
Bujumbura entre janvier et août 2008 (voir annexe 17). M. Mutoka a informé un membre du Groupe qu’il avait vendu de l’or à Emirates Gold lors
de voyages à Doubaï mais qu’il vendait désormais son or à Kaloti Jewelry, une autre société basée à Doubaï. Il est ensuite revenu sur ces
déclarations et a indiqué qu’il s’était rendu dans les locaux d’Emirates Gold mais qu’il ne lui avait jamais vendu d’or. M. Mutoka a avoué par la
suite avoir acheté environ 7 kilogrammes d’or congolais par mois, représentant des dizaines de milliers de dollars, mais auprès de petits
marchands et non de l’Établissement Namukaya. Réseaux et acheteurs finals au Nord-Kivu 94. Le Groupe s’est rendu dans le territoire de
Walikale au Nord-Kivu et à la limite du parc national de Kahuzi Biega, sur la route de Bukavu. D’après de nombreux témoignages, de la
cassitérite taxée par les FDLR quitte le parc près d’Itebero puis est vendue à Musenge dans des dépôts privés surveillés par les FDLR. Des
négociants collaborant avec le Groupe Olive et l’Établissement Muyeye achètent des quantités importantes de cassitérite sur le marché de
Musenge, qui est contrôlé conjointement par la 85e brigade des FARDC et les FDLR. Ces informations ont été confirmées par un fonctionnaire
de la MONUC qui s’était rendu à Musenge. Des collaborateurs de M. Muyeye ont également déclaré au Groupe d’experts que leur employeur
entretenait des relations directes avec les FDLR dans le domaine du commerce des minéraux. 95. Le Groupe a recueilli des éléments de preuve
selon lesquels un groupe de marchands d’or de Butembo liés à Kisoni Kambale, aujourd’hui décédé et placé lui aussi sur la liste du Comité des
sanctions en mars 2007, achètent des quantités importantes d’or en provenance de zones contrôlées par les FDLR. Le Groupe s’est rendu à
Kasugho, principal point de passage de ce minerai, un jour de marché, alors que des centaines d’éléments armés des FDLR patrouillaient en
ville. Des résidents et des fonctionnaires locaux ont expliqué au Groupe que les FDLR faisaient régner la terreur dans la brousse et contrôlaient
la production de plus de 100 mines d’or de petite taille.
__________________
3

http://www.un.org/News/Press/docs/2007/sc8987.doc.htm.

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96. Le Groupe d’experts s’est penché sur le cas de deux marchands, Pierre Karamba et Kambale Kitambala, qui sont désignés comme marchands
d’or dans des documents officiels (voir annexe 18). Des membres de l’administration publique et d’autres marchands ont informé le Groupe que
ces deux hommes détenaient un quasi-monopole de l’exportation d’or depuis Kasugho et étaient financés par un groupe de quatre marchands
basés à Butembo : Kahindo Muhiwa, Katina Kambale, Kambale Vikalwe et Nzanzu Mbusa, la veuve de M. Kisoni, qui écoulait son or par le biais d’
Uganda Commercial Impex (UCI), une société sise à Kampala ayant également fait l’objet de sanctions à compter de mars 2007. M. Karamba a
reconnu qu’il vendait de l’or à Katina Kambale. L’un de ses employés a informé le Groupe que le chiffre d’affaires des marchands d’or locaux
pouvait atteindre 20 000 dollars les jours de marché. 97. Le Groupe s’est procuré des documents montrant que les quatre marchands de
Butembo ont créé ensemble une société, Glory Minerals, ayant pour vocation d’exporter de l’or (voir annexe 19). Des marchands de la région ont
informé le Groupe que les quatre associés fondateurs de Glory Minerals exportaient déjà de l’or vers Kampala, où des hommes d’affaires s’en
portaient acquéreurs. Nzanzu Mbusa a contacté le Groupe par l’intermédiaire d’un représentant, qui a affirmé qu’elle avait officiellement
demandé par écrit que son nom soit retiré de la liste des dirigeants de Glory Minerals. 98. Le Groupe d’experts détient des documents montrant
qu’avant son décès, M. Kisoni et sa femme, Nzanzu Mbusa, avaient tenté sans succès de créer une autre entreprise, Aurum Africa, en partenariat
avec UCI, quelques semaines seulement avant que M. Kisoni et UCI soient tous deux placés sur la liste du Comité des sanctions en mars 2007
pour avoir acheté de l’or de manière illicite. Aurum Africa avait pour Directeur Siva Reddy, un employé d’UCI (voir annexe 20). 99. En septembre
2008, le Groupe a rencontré les directeurs d’UCI, J. V. Lodhia et Kunal Lodhia, à Kampala. Ceux-ci ont déclaré qu’ils ne faisaient plus le
commerce de l’or, qu’Aurum Africa n’avait jamais obtenu l’agrément nécessaire et qu’ils n’avaient plus d’intérêts commerciaux à Doubaï. 100. Le
Groupe d’experts a examiné les registres de la compagnie aérienne Emirates Airlines afin de confirmer l’existence d’un éventuel trafic d’or entre
Butembo et Doubaï. Les documents montrent qu’un associé de Glory Minerals, Kahindo Muhiwa, s’est rendu d’Entebbe à Doubaï cette année.
Le Groupe a également eu connaissance de dossiers de vol montrant que Sudhakar Reddy, un ancien employé d’UCI et frère de Siva Reddy, s’
est rendu en avion de Doubaï à Kampala deux jours après l’arrivée de M. Muhiwa. Le Groupe a reçu des informations selon lesquelles Sudhakar
Reddy achèterait de l’or en provenance de Butembo. Le Directeur d’UCI, J. V. Lodhia, qui vendait auparavant de l’or à Emirates Gold, a confirmé
que Sudhakar Reddy s’était rendu récemment à Butembo et à Doubaï mais a déclaré qu’il ne travaillait plus pour le compte d’UCI. Le Groupe s’
est procuré la liste des clients d’Emirates Gold, mise à jour au 15 juillet 2008, qui permet de constater qu’UCI était toujours cliente d’Emirates
Gold. D’autres documents font apparaître des transactions commerciales entre Emirates Gold et UCI huit mois après les sanctions imposées à
UCI (voir annexe 21). M. Lodhia avance que ces transactions ne portaient pas sur de nouveaux chargements d’or mais sur l’affinage des stocks
détenus par Emirates Gold au moment du gel des activités d’UCI, ainsi que sur des négociations sur le marché à terme de l’or, qui avaient été

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autorisées par le Dubai Multi Commodities Centre à condition qu’UCI ne tire aucun bénéfice de ces opérations. 101. Le Groupe a contacté des
représentants d’Emirates Gold qui ont indiqué que des fonds gelés appartenant à UCI et à Machanga Limited étaient conservés à la Bank of
Nova Scotia dans l’attente d’instructions pour leur transfert vers un compte surveillé en Ouganda. Le Groupe entend suivre ce dossier et
examiner les raisons pour lesquelles UCI a continué de faire affaire avec Emirates Gold.

C.

Collaboration FDLR-FARDC
102. Le Groupe d’experts a obtenu des éléments de preuve convaincants indiquant que les FARDC collaboraient avec les FDLR, notamment
pour la fourniture de matériel militaire et l’organisation d’opérations conjointes contre le CNDP. Les FDLR ont collaboré étroitement avec les
FARDC lors des affrontements de décembre 2007 avec le CNDP dans les territoires de Masisi et Rutshuru, et ont poursuivi leur collaboration
avec elles lors des combats qui ont commencé le 28 août 2008. 103. Le Groupe d’experts a interrogé plus de 30 ex-combattants des FDLR,
principalement dans le camp de désarmement, de démobilisation et de réintégration de la MONUC à Goma, mais également dans des centres de
soins provisoires et au camp de démobilisation de Mutobo (Rwanda). Parmi les personnes interrogées, 15 ont donné des témoignages concrets
de première main sur la collaboration entre les FARDC et les FDLR. Le Groupe a également interrogé plusieurs anciens membres et soldats d’
active des FARDC qui ont corroboré ces informations. 104. Il ressort des entretiens que les bataillons des FDLR qui ont collaboré le plus
activement étaient le bataillon Sabena placé sous le commandement du lieutenantcolonel Marc Habimana (aussi connu sous le nom de Ndinzi
Mihigo) et le bataillon Bahamas, commandé par le lieutenant-colonel Henri Maitre. Les principaux secteurs de collaboration portaient sur les
axes suivants : Ngungu-Mushaki, Katale-Mushaki, Kiwanja-Kinyandoni, Rugari-Kibumba, tous se trouvant sur les territoires de Masisi et
Rutshuru, au Nord-Kivu. En général, la collaboration est provoquée par des opérations offensives ou défensives imminentes contre le CNDP. L’
assistance prend généralement la forme d’attaques conjointes, les deux forces se partageant les axes opérationnels. En retour, les FARDC
fournissent des munitions aux FDLR. 105. Le Groupe d’experts a concentré son attention sur trois unités des FARDC au Nord- et au Sud-Kivus
pour des études spécifiques. Le premier cas concerne le 11e bataillon spécial commandé par le lieutenant-colonel Pili Pili Kamatimba, déployé
initialement dans le cadre de l’« Opération Kimia » lancée contre les FDLR, et entraîné par la MONUC. Le Groupe dispose d’éléments attestant un
transfert de cartouches de 7,62 mm (jusqu’à 50 000). Il a interrogé un officier des FDLR âgé de 39 ans (enregistrement vidéo) au camp de
démobilisation de Mutobo, au Rwanda, en juin 2008. Ce dernier lui a déclaré qu’il était présent, au début de 2008, lorsque le 11e bataillon, se
dirigeant vers Nabyiondo (territoire de Masisi) par Hombo (territoire de Kalehe), s’est arrêté et a transféré les munitions à une délégation des
FDLR qui venait de leur quartier général à Kibua (territoire de Masisi). Le destinataire était le capitaine Jean Victor, officier de liaison des FDLR à
Hombo :

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a) Le Groupe d’experts a pu corroborer ces informations avec deux soldats du rang du 11e bataillon des FARDC, qui ont également assisté au
transfert de Hombo; b) Le Groupe s’est rendu à Hombo afin d’interroger la population au sujet du transfert. Les résidents ont confirmé qu’ils
avaient vu des camions des FARDC à l’endroit indiqué par l’ex-combattant des FDLR; c) Le Groupe a également obtenu une liste de l’inventaire
du 11e bataillon des FARDC (voir annexe 22) en août 2008, indiquant clairement un écart de plus de 60 000 cartouches depuis son déploiement à
la fin de 2007. D’après le lieutenantcolonel Pili Pili lui-même, son unité n’avait combattu que dans un léger accrochage qui avait duré deux jours
et auquel avaient participé une douzaine de ses hommes depuis le déploiement en 2007. Le nombre de munitions utilisées à cette occasion ne
suffit pas à expliquer l’écart d’inventaire. 106. Le deuxième examen concernait la 81e brigade des FARDC commandée par le colonel Philemon
Yav et basée à Katale (territoire de Masisi) : a) D’après six ex-combattants des FDLR, trois anciens membres des PARECO et deux anciens
soldats des FARDC, la 81e brigade avait fourni des munitions aux deux groupes rebelles et lancé des opérations conjointes avec eux à plusieurs
reprises entre novembre 2007 et octobre 2008; b) Un soldat basé avec le bataillon Sabena des FDLR, commandé par le colonel Ndinzi Mihigo,
affirme avoir vu le colonel Yav remettre des armes et des munitions au colonel Ndinzi Mihigo des FDLR, à Katale, à la fin de 2007, y compris des
fusils AK-47, des grenades à tube et des mitrailleuses lourdes. Plusieurs soldats des PARECO ont déclaré au Groupe qu’ils avaient assisté à des
transferts de munitions vers la même période pour des opérations contre le CNDP; c) Le 16 septembre 2008, la 81e brigade a affronté le CNDP à
Rubaya (territoire de Masisi) et est entré dans la localité avec les PARECO; ils y sont restés plusieurs jours, d’après deux témoins locaux fiables;
d) D’après un ex-combattant des FDLR, un ex-combattant des PARECO et les autorités locales, les combats de Rubaya ont été suivis d’une
offensive du CNDP contre Masisi, durant laquelle les soldats des FDLR et des PARECO ont été repoussés de Gasizi et Busiye vers Kahongole, à
cinq kilomètres au nord de Masisi, et ont ensuite constitué une ligne de défense aux côtés de la 81e brigade, pour défendre Masisi. e) Des
officiers supérieurs des FARDC à Goma ont déclaré au Groupe que la 81e brigade disposait de beaucoup moins d’hommes qu’elle ne l’avait
affirmé, et qu’elle avait peut-être demandé des renforts aux PARECO et aux FDLR; f) Le colonel Yav était absent de son poste de
commandement depuis février 2008 pour raison de maladie et avait été remplacé par le colonel Cyrille. Toutefois, la collaboration s’est poursuivie
sans discontinuer. Si les FARDC étaient au courant d’une complicité éventuelle entre la 81e brigade et les FDLR, elles ont avoué simplement au
Groupe qu’elles avaient d’autres priorités que de réprimer ce type d’abus. En octobre 2008, le colonel Yav a été promu au rang de chef d’
étatmajor de la 2e région militaire dans la province du Bas-Congo.

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107. Le troisième cas concerne le 81e bataillon de la 8e brigade des FARDC basé à Kamayola (territoire d’Uvira) au Sud-Kivu. a) D’après un
rapport interne du directeur provincial de l’Agence nationale de renseignements, en date du 22 avril 2008, obtenu par le Groupe d’experts (voir
annexe 23), le commandant Frank Migabo, qui commande le 112e bataillon basé à Sange (territoire d’Uvira) a rencontré deux colonels des FDLR
à Sange, le 12 avril 2008. Peu après, un sous-officier du 112e bataillon a vendu des armes et des munitions aux FDLR. D’après les discussions
informelles que le Groupe d’experts a eues avec des membres de l’Agence nationale de renseignements, ces derniers pensent que le
commandant Migabo a ordonné le transfert d’armes. Il commande toujours le 112e bataillon et le Groupe n’a pas connaissance de l’ouverture d’
une enquête par les FARDC à son sujet. b) Un examen des relevés d’appels téléphoniques révèle que le commandant Migabo a appelé le colonel
Edmond Ngarambe, officier de liaison des FDLR basé à proximité, et reçu des appels de lui, quatre fois en février et mars 2008 (on ne dispose pas
de relevés pour avril 2008). c) D’après des sources des services de renseignement congolais, le commandant Migabo s’est rendu à Lemera, à une
vingtaine de kilomètres de son poste de commandement et à l’extérieur de sa zone de déploiement, en novembre 2008, afin de rencontrer à
nouveau le colonel Ngarambe. d) Le Groupe d’experts s’est rendu au poste de commandement du commandant Migabo, à Sange, en août 2008
et a appris de plusieurs sources locales indépendantes que les FARDC et les FDLR y cohabitaient ouvertement. 108. Vingt déserteurs des FDLR,
interrogés séparément en République démocratique du Congo et au Rwanda, ont déclaré au Groupe d’experts qu’ils se procuraient
régulièrement des fournitures militaires auprès d’éléments non gradés des FARDC. Une balle se vendait environ 50 francs congolais (0,10 dollar)
et un uniforme entre 2 et 3 dollars. 109. Le Groupe d’experts a examiné les relevés d’appels par téléphone cellulaire et par satellite d’une
vingtaine de commandants des FDLR sur une période de 12 mois en 2007 et 2008. Il y a eu de fréquents contacts entre des officiers supérieurs
des FARDC et la hiérarchie des FDLR; le Groupe a documenté 98 appels de ce type pendant cette période à partir d’un petit échantillon de
relevés téléphoniques. Quatre commandants régionaux, dont deux ne sont pas basés à proximité du territoire des FDLR, ont eu au total 26
échanges téléphoniques avec des officiers supérieurs des FDLR, dont 16 appels au commandant des Forces, le général Mudacumura. Un officier
supérieur des FARDC, dans la 8e région militaire à Goma, a parlé 11 fois avec le général Mudacumura, tandis qu’un directeur provincial de l’
Agence nationale de renseignements a parlé 39 fois avec un officier de liaison des FDLR. Le Groupe d’experts n’a pas connaissance du contenu
de ces appels mais ils prouvent pour le moins que de nombreuses informations ont été échangées, même entre officiers éloignés des FDLR. 110.
Le colonel Ngarambe, officier de liaison des FDLR ayant le grade le plus élevé, était souvent présent à Bukavu en 2008 où il a rencontré des
représentants de la MONUC et des commandants des FARDC, restant pendant des semaines dans la ville. D’après des sources des services de
renseignement congolais, le colonel

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Ngarambe est chargé de la liaison avec le Gouvernement congolais; le Groupe considère qu’il s’agit en soi d’une indication de collaboration.
111. Le Groupe d’experts a noté qu’il existait une vaste cohabitation entre les FARDC et les FDLR dans les deux Kivus. Il a pu l’observer sur
place à Nyabiondo (territoire de Masisi), Masisi (Masisi), Sange (Uvira), Lemera (Uvira), Kasugho (Lubero), et Hombo (Kalehe) et a reçu des
informations fiables de la MONUC et d’ONG internationales à ce sujet dans de nombreux autres endroits au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Dans le
cadre de cette cohabitation, les membres des deux forces se rencontrent sur les marchés, boivent de l’alcool ensemble dans les bars et se
rendent mutuellement visite à leurs postes de commandement. Lorsqu’on leur a posé des questions au sujet de cette pratique, les commandants
des FARDC ont répondu qu’on ne leur avait pas donné ordre de traiter les FDLR en tant qu’ennemis ou de se désengager, malgré le calendrier
établi dans le communiqué de Nairobi qui demandait le lancement d’opérations militaires contre les FDLR d’ici septembre 2008. Le Groupe d’
experts considère que cette cohabitation facilite les échanges d’armes et permet aux FDLR de se déplacer librement à travers une grande partie
des Kivus. 112. Les relevés téléphoniques révèlent l’existence de relations entre le commandement des FDLR et les officiers de liaison, rwandais
et congolais, à Bukavu, Goma et Kinshasa, y compris avec Hyacinthe Rafiki Nsengiyumva, qui avait joué un rôle de liaison important dans le
passé pour les FDLR et RUD-Urunana, lorsqu’il était à Pointe-Noire et Kinshasa. Il se déplace actuellement entre Kinshasa et l’est de la
République démocratique du Congo. Le Groupe d’experts a eu des entretiens avec plusieurs de ces agents de liaison, dont la sœur du général
Mudacumura, qui vit à Lubumbashi et est en contact fréquent avec son frère, ainsi qu’avec un agent clandestin des FDLR établi à Goma et dont
les services de renseignement congolais savent qu’il est impliqué dans des trafics d’armes. 113. Les FDLR et les FARDC tirent aussi
conjointement profit du commerce illégal du charbon de bois dans le parc national des Virunga : a) D’après une étude détaillée effectuée par une
ONG internationale et selon les autorités congolaises chargées de la conservation de la nature, quelque 60 000 tonnes de charbon de bois, d’
une valeur d’environ 25 millions de dollars, sont consommées chaque année à Goma. Entre 80 et 90 % de ce charbon proviennent de ce parc
national car le bois d’arbres feuillus produit du charbon de meilleure qualité; b) L’abattage des arbres et la production de charbon dans le parc
sont illégaux; c’est pourquoi il est indispensable de prendre des mesures de protection le long de la chaîne d’approvisionnement. Dans le
territoire de Rutshuru, ce sont essentiellement des membres des FDLR qui assurent la sécurité pour la production de charbon dans le parc,
percevant une taxe de 4 à 6 dollars par sac de charbon. Les négociants transportent ensuite leur marchandise à Goma par camion, versant une
rançon de protection aux 83e et 9e brigades des FARDC qui contrôlaient la route de Rutshuru jusqu’à la fin d’octobre 2008. D’après certaines
informations, les FDLR auraient loué des camions entiers, pour vendre leur production à Goma, ce qui signifie qu’il y a peut-être eu collusion
avec les commandants des FARDC qui contrôlent la route. Suivant une estimation prudente, si les FDLR taxent environ la moitié de la
production de charbon, elles peuvent obtenir des revenus de plus de 2 millions de dollars par an;

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c) D’après la population locale et les employés chargés de la conservation de la nature, le commandant de la 83e brigade, le lieutenant-colonel
Jean-Claude Mosala participe également à la perception de ces taxes illégales. Il y avait un four à charbon situé à proximité de son poste de
commandement, à Kanyamahoro, et ses hommes étaient en contact étroit avec les unités des FDLR basées aux alentours de Rugari et Kibumba.
Le Groupe d’experts a également obtenu des documents indiquant que le commandant Zaire Ndahrihoranye, officier de la 9e brigade, était
personnellement impliqué dans le commerce du charbon. Ce dernier a par ailleurs été fréquemment cité par les autorités locales comme ayant
des liens étroits avec les FDLR; d) Comme il l’a indiqué dans son rapport intérimaire, le Groupe d’experts a obtenu de nombreux témoignages
concernant la participation de la 15e brigade intégrée des FARDC, placée sous le commandement du colonel Richard Mungura, au commerce de
cannabis et de bois d’œuvre, avec la complicité des FDLR; e) L’Institut congolais pour la conservation de la nature a érigé un barrage routier à
Kibati, juste au nord de Goma, en février 2008, afin de contrôler le charbon illégal. Il est facile de distinguer la différence entre le charbon
provenant de bois de feuillus du parc national des Virunga et d’autres charbons. Toutefois, en août 2008, le Ministre de l’intérieur a demandé la
levée du barrage dans le cadre du programme Amani, tous les barrages routiers devant être démantelés. Le barrage, qui était contrôlé par des
gardes du parc de l’Institut, avait contribué à réduire le commerce illégal de charbon à destination de Goma de plus de 40 %, réduisant également
de ce fait les revenus des FDLR; f) En 2005, le Gouvernement rwandais a adopté une loi interdisant la majeure partie de la production intérieure
de charbon pour lutter contre le déboisement. Un effet secondaire imprévu a été l’augmentation des importations de charbon en provenance de
la République démocratique du Congo, dont la majeure partie provenait du parc national des Virunga et était probablement taxée par les FDLR.
Les autorités rwandaises n’ont pas mis en place de mécanismes de contrôle appropriés pour contrôler le charbon en provenance du parc
national.

V. Autres groupes armés
A. Coalition des patriotes résistants congolais
114. Ainsi que le Groupe l’a expliqué dans son rapport d’activités, la Coalition des patriotes résistants congolais (PARECO) est probablement le
troisième groupe armé le plus important dans l’est de la République démocratique du Congo, après les FDLR et le CNDP. Regroupant diverses
milices ethniques, elle a vu le jour le 15 mars 2007. 115. Depuis sa création, la PARECO a rapidement pris de l’ampleur, en recrutant et en ouvrant
un deuxième front important contre le CNDP à l’ouest et au sud des principales positions de celui-ci à Masisi et en le détournant de sa principale
ligne d’offensive contre les FARDC à l’est. 116. Le Groupe a cherché à savoir comment un groupe armé comme la Coalition pouvait s’être
renforcé aussi rapidement. Certains des principaux commandants PARECO entretiennent des relations étroites avec les FARDC. Le colonel
Banga,

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commandant PARECO basé à Kinigi, a été le principal responsable de la protection rapprochée du général Mayanga Wabishuba, ancien chef d’
une milice hutue et commandant de la neuvième brigade intégrée des FARDC basée à Rutshuru, qui, selon certaines sources aux FARDC et à la
MONUC, serait étroitement lié aussi bien aux FDLR qu’à la PARECO. Le colonel Banga, alors lieutenant, a accompagné Mayanga à Kinshasa au
début de 2007 avant de retourner au Nord-Kivu pour aider à créer la PARECO. Depuis, Mayanga a été promu général et nommé commandant
adjoint de la troisième région militaire des FARDC dans la province de l’Équateur. Selon l’un de ses proches, ancien officier des Forces armées,
il a donné des armes et des munitions de la neuvième brigade intégrée au colonel Banga en tant que contribution à la Coalition. D’après des
responsables locaux interrogés par le Groupe, le colonel Banga résidait initialement au domicile du général Mayanga dans sa ville natale de
Busiye. 117. Le Groupe s’est procuré un relevé indiquant que le général Mayanga et le lieutenant colonel Kanzeguhera – également connu sous
le nom de Sadiki –, commandant du bataillon Montana des FDLR, avaient échangé cinq appels téléphoniques entre février et avril 2008. Cela
renforce sa conviction, confirmée par les responsables de la MONUC et les dirigeants locaux, que le général Mayanga est régulièrement en
contact avec des groupes armés hutus rwandais et congolais. 118. Le 8 novembre 2008, le Groupe a assisté à une conversation entre un haut
commandant PARECO et un ancien officier de sécurité congolais, décrivant leur collaboration avec les FARDC : « Nous nous sommes partagés
les haches, ils ont attaqué le CNDP d’un côté, nous sommes arrivés de l’autre ». Il s’est procuré un document du même commandant, dans lequel
celui-ci demandait une aide technique au Gouvernement congolais. 119. Selon sept témoins différents, la PARECO a reçu des munitions de la
81e brigade des FARDC basée à Katale (dans le territoire de Masisi) en échange de son appui aux opérations menées contre le CNDP. Pour le
Groupe, cette brigade, dirigée par le colonel Philémon Yav, ferait également partie des unités ayant collaboré avec les FDLR (voir plus haut). On
trouvera ci-après plusieurs exemples de cette collaboration : a) Un ancien soldat PARECO (I.N., 21 ans) déclare qu’il était présent en août 2008
lorsque le Major Fimbo de la 81e brigade des FARDC a apporté de Katale à Kaniro une quarantaine de caisses de munitions A-47 aux soldats de
la Coalition et leur a demandé de l’aide pour lancer une offensive contre le CNDP; b) Selon un ancien soldat des FARDC, en poste au
commandement de la 81e brigade à Katale, le général Mugabo (commandant des troupes PARECO) s’est rendu à Katale à plusieurs reprises en
2008, s’est entretenu avec le colonel Yav et a reçu des munitions. Le général Mugabo a lui aussi participé à plusieurs opérations conjointes, au
cours desquelles les troupes PARECO s’étaient mêlées aux FARDC. Le colonel Cyrille a poursuivi cette collaboration après le départ du colonel
Yav. Les troupes PARECO ont reçu des FARDC des émetteurs-récepteurs portatifs pour coordonner leurs opérations; c) Un ancien combattant
rwandais de la Coalition, basé à Chugi avec le colonel Kifaro, a dit avoir vu le colonel Yav donner au moins trois caisses de munitions AK-47 aux
troupes PARECO afin qu’elles l’aident à repousser l’offensive

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du CNDP contre Katale et Masisi en septembre. Il a indiqué que des opérations conjointes étaient régulièrement menées; d) Un ancien soldat de
la 81e brigade des FARDC a informé le Groupe que des officiers de la PARECO étaient venus chercher des munitions à Katale à plusieurs
reprises en 2008. Il a indiqué qu’à une occasion le colonel Moomba (PARECO) avait reçu cinq caisses de munitions AK-47 du Major Fimbo. Il
avait également pris part à des opérations menées conjointement par les FARDC et la Coalition contre le CNDP à Kagundu en 2007 et Katale en
septembre 2008. 120. Plusieurs responsables PARECO sont des fonctionnaires du Gouvernement de la République démocratique du Congo et,
à ce titre, continuent de percevoir traitements et prestations de l’État. On compte parmi eux la secrétaire exécutive de la Coalition, Sophie Bwiza,
qui travaille pour la compagnie nationale d’électricité à Kinshasa, et Sendugu Museveni, le Président de la PARECO, qui est employé par l’Office
congolais de contrôle à Goma.

B.

Front populaire pour la justice au Congo
121. Le Front populaire pour la justice au Congo (FPJC) a été créé en septembre 2008 avec d’anciens membres de diverses milices de l’Ituri. En
septembre et octobre, il a lancé une offensive contre les FARDC dans la région située au sud du Lac Albert. Il contrôle un petit nombre d’
hommes (entre 400 et un millier) commandés par le colonel Cherif Manda, ancien dirigeant du Front de résistance patriotique de l’Ituri (FPRI).
Ses membres critiquent les autorités de la République démocratique du Congo pour n’avoir pas respecté les accords passés avec plusieurs
commandants de l’Ituri, qui ont été arrêtés, et demandent à intégrer l’armée nationale. 122. En octobre 2008, plusieurs responsables de la société
civile et hommes politiques de l’Ituri se sont dit préoccupés par la disparition de nombreux soldats démobilisés dans le district, qui auraient
rejoint le PFJC. Ils ont également déclaré qu’il existait des camps d’entraînement de ces milices en Ouganda. Le Groupe n’a pas pu se rendre sur
place pour vérifier cette information. 123. De hauts responsables du FPJC et du CNDP ont informé le Groupe que leurs organisations étaient
étroitement liées et que les deux offensives lancées en août et en septembre 2008, respectivement, devaient être considérées comme des
opérations conjointes. 124. Le Groupe a rencontré un dirigeant du FPJC à Kampala et s’est entretenu par téléphone avec un autre. Le premier a
reconnu que deux opposants congolais du Nord-Kivu, Victor Ngezayo et Gaston Kangele, étaient des dirigeants politiques du FPJC. Le Groupe
a appris d’autres sources, y compris des services du renseignement congolais et ougandais, que les deux hommes appuyaient activement le
Front. Victor Ngezayo est également un allié politique du CNDP. Le Groupe poursuit ses investigations. 125. Le Groupe a communiqué au
Gouvernement ougandais des renseignements sur plusieurs dirigeants du FPJC qui utilisent Kampala comme base arrière pour leurs activités
politiques et la mobilisation de fonds, dont le colonel Stefano et le colonel Cherif. Il n’a eu connaissance d’aucune mesure prise par les autorités
ougandaises pour empêcher l’utilisation de leur territoire par ces personnes.

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126. Le Groupe compte observer de près le FPJC et ses réseaux d’appui durant la période à venir de son mandat.

VI. Violations concernant les ressources naturelles et l’embargo sur les armes
127. Conformément à l’alinéa d) du paragraphe 18 de la résolution 1807 (2008) et compte tenu de l’intérêt exprimé par les membres du Comité, le
Groupe s’est employé à obtenir des informations sur les liens entre l’exploitation des ressources naturelles et le financement des groupes armés
illégaux. 128. Selon le Centre d’évaluation, d’expertise et de certification des substances minérales précieuses et semi-précieuses (CEEC), en
2007 la RDC a exporté officiellement de l’est du pays à peu près 14 694 tonnes de cassitérite, pour une valeur d’environ 45 millions de dollars des
États-Unis; 1,193 tonnes de wolframite, pour une valeur d’environ 4 270 000 dollars; et 393 tonnes de coltan, pour une valeur d’environ 3 620 000
dollars. Les statistiques officielles du CEEC indiquent que pour l’année en cours le volume des exportations de cassitérite avait déjà atteint près
de 12 000 tonnes en juillet, pour une valeur estimée à environ 127 millions de dollars en raison des pics enregistrés dans le cours de l’étain avant
que les prix des produits de base ne chutent sur les marchés mondiaux. La production de coltan avait alors atteint près de 300 tonnes, pour une
valeur d’environ 5 420 000 dollars. En 2007, 105 kilogrammes d’or ont été officiellement produits. Le Groupe estime que tous ces chiffres sont
très en dessous de la réalité, en raison notamment de la sousestimation systématique de la teneur en minerai; il a reçu des témoignages fiables d’
exportations massives en contrebande dans les pays voisins. 129. La cassitérite, le coltan et le wolframite sont officiellement exportés par des
entreprises installées en Belgique, au Rwanda, en Malaisie, en Thaïlande, au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, à Hong-
Kong (Chine), en Chine, au Canada, en Fédération de Russie, en Autriche, aux Pays-Bas, en Suisse, en Inde, aux Émirats arabes unis et en
Afrique du Sud. Les principaux points d’exportation de ces minerais sont Mombasa et Dar es-Salaam. La cassitérite et le coltan sont surtout
utilisés dans l’industrie électronique, tandis que le wolframite entre dans la composition du tungstène. L’or sort en contrebande par les pays
voisins avant de rejoindre principalement les Émirats arabes unis et l’Europe. 130. Comme indiqué plus haut, divers groupes armés non
gouvernementaux tirent profit de ces ressources naturelles. Les FDLR, la PARECO et d’autres groupes Maï Maï prélèvent souvent une « taxe »
sur les mines elles-mêmes, tandis que certaines compagnies minières de Goma seraient liées au CNDP. 131. Le Groupe a cherché dans son
analyse à savoir si les acheteurs achetaient sciemment des substances minérales provenant de zones contrôlées par ces groupes armés. Il
considère qu’il appartient à toutes les entreprises, en République démocratique du Congo et à l’étranger, d’exercer une diligence raisonnable et
de s’informer de la provenance des produits. 132. Le Groupe s’est entretenu avec des représentants de l’association des comptoirs du Nord-
Kivu en juillet 2008 et a tenu une réunion avec les comptoirs du Sud-Kivu en août 2008 pour demander des renseignements sur les négociants
auprès desquels les intéressés s’approvisionnaient et les zones géographiques avec

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lesquelles ces négociants travaillaient, ainsi que sur les quantités de substances minérales achetées au cours de l’année passée. Aucun
comptoir n’avait communiqué les renseignements demandés à ce jour. Les responsables des associations de comptoirs à Goma et Bukavu, John
Kanyoni et Mudekereza Namegabe respectivement, ont proclamé qu’ils coopéraient avec l’ONU pour accroître la transparence dans le secteur.
133. Le Groupe a cependant dressé une liste des principaux sites d’extraction du Nord-Kivu et du Sud-Kivu contrôlés par des groupes armés.
Même s’il a la preuve que bon nombre de comptoirs achetaient en toute connaissance de cause des produits provenant de ces zones, il
encourage les donateurs à établir une carte des zones riches en minéraux, à partir des données accessibles au public dont il dispose, et de la
publier sur l’Internet avant la fin de son prochain mandat. L’objectif recherché est de faire en sorte que les entreprises concernées ne puissent
plus arguer qu’elles ne connaissent pas les zones qui sont contrôlées par des groupes armés. 134. Dans l’entretemps, le Groupe recommande
aux exportateurs et consommateurs de produits minéraux congolais d’intensifier leurs procédures de diligence raisonnable en divulguant la
preuve qu’ils ne se procurent pas en connaissance de cause des minéraux d’origine douteuse provenant de la République démocratique du
Congo. Beaucoup trop de comptoirs mettent à profit le statut juridique qui les distingue des négociants pour prétendre ne pas savoir d’où
proviennent les minéraux qu’ils achètent alors que, de toute évidence, ils en connaissent bien souvent l’origine ou, quand ce n’est pas le cas, il
leur serait relativement facile de s’en assurer. 135. Les FARDC sont elles-mêmes lourdement impliquées dans le commerce des minéraux, comme
en témoigne le contrôle exercé par la 85e brigade sur la mine de Bisie. De l’avis du Groupe, certains de leurs commandants n’ont aucun intérêt à
ce que cesse le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo tant que leurs unités peuvent se déployer dans les zones minières et
en tirer profit. La prévention de l’exploitation illégale des minéraux est indissociable de la réforme du secteur de la sécurité, compte tenu de la
corruption profondément enracinée et des allégeances contradictoires existant au sein des Forces qui favorisent la conclusion de marchés avec
les groupes armés non étatiques.

VII. Fournitures d’armes à des groupes armés non gouvernementaux
A. Fourniture d’armes par les FARDC à des groupes non gouvernementaux
136. Comme il est indiqué dans le rapport intérimaire, les FARDC sont la principale source d’armes et de munitions pour les groupes armés non
gouvernementaux. En raison de la faiblesse de l’armée congolaise, les commandants sont obligés de faire appel à d’autres groupes armés pour
obtenir une assistance, ce qui implique des transferts d’armes importants. Par ailleurs, la pauvreté et le manque de responsabilisation permettent
aux hommes de troupe de vendre de petites quantités d’armes et de munitions. 137. La solde mensuelle d’un homme de troupe dans les FARDC
est d’environ 62 dollars par mois. Un général de brigade reçoit environ 100 dollars par mois. La

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solde est versée plus ou moins régulièrement pour les brigades intégrées, mais il y a un manque de soins de santé, d’aliments et de logement
pour les soldats et leur famille. La situation est pire pour les unités non intégrées, et il arrive souvent que leurs membres ne reçoivent pas leur
solde. Les FARDC comprennent actuellement quelque 150 000 soldats, dont un tiers (soit 45 000) font partie des 18 brigades intégrées (voir le
barème des soldes des FARDC, annexe 24). 138. Le Groupe d’experts a examiné la gestion des stocks au sein des FARDC afin de déterminer
quelles garanties avaient été mises en place pour empêcher la perte d’armes. Le Groupe a centré son examen sur la sécurité, la maintenance, le
marquage, l’enregistrement et la responsabilité en ce qui concerne les stocks d’armes légères et de munitions. Selon les conseillers militaires
étrangers et des sources au sein des FARDC, la gestion des stocks est pratiquement non existante. Le Gouvernement ne sait pas combien de
ces armes sont stockées, dans quels dépôts et avec quelles unités. Par conséquent, il y a peu de garanties mises en place pour empêcher la
vente illégale d’armes et de munitions à des groupes armés non gouvernementaux. 139. Bien que certaines unités aient montré au Groupe des
inventaires, beaucoup d’autres semblaient ne pas avoir une idée précise de l’état de leurs stocks d’armes. Chaque soldat est souvent tenu
responsable de ses armes et munitions, mais il n’y a pas de responsabilisation en ce qui concerne les stocks et dépôts. 140. La plupart des
dépôts des FARDC ne sont pas sûrs et sont obsolètes. La majorité des munitions sont gardées dans des dépôts ouverts et exposés aux
éléments, ce qui cause une décomposition rapide en raison des rigueurs du climat. Dans plusieurs parties du pays, les soldats sont autorisés à
garder leurs armes dans leurs foyers, ce qui contribue à l’insécurité dans ces zones. 141. En avril 2004, la République démocratique du Congo a
signé le Protocole de Nairobi sur les armes légères. Selon le paragraphe b) de l’article 7 de ce Protocole, tous les signataires s’engagent à
marquer les armes au moment de leur importation. Le Coordonnateur national pour les armes légères à Kinshasa a informé le Groupe que le
Gouvernement des États-Unis avait récemment fait don d’une machine pour le marquage des armes légères, mais cela est insuffisant pour
marquer toutes les armes légères en possession de la police et de l’armée de la République démocratique du Congo. 142. Le Groupe a collaboré
avec la MONUC afin d’améliorer la base de données de la Mission sur les armes légères recueillies auprès de groupes armés. La base de données
actuelle de la MONUC ne fournit pas suffisamment d’informations sur les armes collectées pour pouvoir être utilisées en matière de traçabilité.
La base de données ne permet pas d’identifier les marques de fabrication des armes, et leur origine ne peut donc pas être tracée. En outre, les
responsables de la MONUC ne prennent pas de photographies des armes saisies et son personnel militaire n’a pas reçu de formation afin d’
identifier et d’enregistrer les armes légères et les munitions. Le Groupe estime également qu’un grand nombre des armes et munitions recueillis
par la MONUC ne sont pas enregistrés dans la base de données, étant donné qu’il y a relativement peu de données par rapport aux quantités
qui ont été saisies selon le Groupe. Cela est mis en évidence par le fait que la MONUC remet souvent aux FARDC plus d’armes qu’elle n’en a
saisies.

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B.

Autres sources d’armes pour les groupes armés non gouvernementaux
143. À la suite de nombreuses allégations selon lesquelles le CNDP et les FDLR reçoivent des armes qui transitent par des pays voisins, le
Groupe a demandé à plusieurs exportateurs d’armes de fournir des statistiques sur leurs ventes dans la région au cours de l’année écoulée.
Toutefois, le Groupe n’a pas, jusqu’à présent, obtenu des données suffisantes pour conclure et déterminer si ces pays fournissent des armes et
des munitions à ces groupes armés.

C.

Notifications au Comité des sanctions
144. Dans le paragraphe 5 de sa résolution 1807 (2008), le Conseil de sécurité a décidé que tous les États devaient notifier à l’avance le Comité
de tout envoi d’armes et de matériel connexe destinés à la République démocratique du Congo, ou toute fourniture d’assistance, de conseils ou
de formation concernant les activités militaires. Jusqu’à présent en 2008, des militaires venant de l’Afrique du Sud, de l’Angola, de la Belgique,
de la Chine, des États-Unis, de la France, du RoyaumeUni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et de la MONUC ont dispensé une formation
aux FARDC. Au moment de l’élaboration du présent rapport, le Groupe savait uniquement que des notifications avaient été envoyées au Comité
en application du paragraphe 5 par la Belgique, la Chine, la France, le Royaume-Uni et la Suède. 145. Le Groupe a obtenu des informations
concernant les fournitures militaires importées par avion à destination des FARDC à partir de Khartoum sans qu’il y ait eu une notification au
Comité des sanctions. Les vols ont été effectués par la société enregistrée en République démocratique du Congo Hewa Bora Airways, qui a
fourni au Groupe des documents : a) Le 18 septembre 2008, le Ministère congolais de la défense a réquisitionné tous les avions cargos
appartenant à Hewa Bora, Trans Air Cargo et Gomair « pour des impératifs opérationnels dans l’est de notre pays. » (no
MDNAC/CAB/1624/2008) (voir annexe 25); b) Les aéronefs et leurs équipages ont ensuite été loués avec services aux autorités de la RDC. La
facture no 042/DG/HBA/FIH/2008 de Hewa Bora montre qu’un Boeing 707 de cette compagnie immatriculé 9Q-CKR a effectué cinq vols entre
Khartoum et Kisangani pour les Forces armées de la République du Congo (voir annexe 26). La charge utile maximale de cet aéronef est de 38
tonnes. Le Groupe n’est pas au courant de la notification requise au Conseil de sécurité par le Gouvernement soudanais; c) Le Groupe a reçu
des informations crédibles selon lesquelles les armes transportées provenaient de la Chine. Le Groupe a écrit au Gouvernement chinois et
attend sa réponse. 146. En général, le Groupe sait que de vastes quantités de munitions arrivent dans l’est du Congo sans aucune notification
par les exportateurs au Comité des sanctions. En outre, le Groupe souhaiterait attirer l’attention du Conseil de sécurité sur la possibilité que les
FARDC exporteraient des armes et des munitions vers d’autres pays de la région. Étant donné que la RDC ne produit pas d’armes ou de

38

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munitions, ce stock aurait été importé en RDC sans notification et ensuite éventuellement exporté en violation de l’accord originel concernant l’
utilisation finale avec l’exportateur d’origine. Entre le 20 et le 22 août 2008, un Boeing 7073B4C (immatriculé 9Q-CRM, numéro de fabrication
20259), a effectué quatre vols (Kinshasa-Harare; Harare-Lubumbashi; Lubumbashi-Harare; Harare-Kinshasa) et transporté au total 53 tonnes de
munitions destinées à l’armée zimbabwéenne. Bien que cela ne soit pas en soi une violation de l’embargo sur les armes, cela montre que la RDC
pourrait devenir un point de transit pour les armes destinées à d’autres pays.

D.

Trafic d’armes et contrôle des frontières
147. Le Groupe s’est rendu dans les postes frontière entre l’Ouganda et la RDC à Bunagana, Mpondwe et avec le Rwanda à Cyanika. Il y a
actuellement peu de dispositions en place pour empêcher la contrebande d’armes et de munitions sur la frontière. Les douaniers ougandais n’
arrêtent pas et n’inspectent pas d’une manière routinière les véhicules qu’ils considèrent comme étant impliqués dans le commerce local. Selon l’
avis du groupe, ces véhicules ont le potentiel de transporter de grandes quantités de minutions. 148. De même, les douaniers ougandais n’ont
pas l’habitude d’inspecter physiquement les cargaisons en transit par rapport au manifeste de transit. Par exemple, le Groupe a été informé d’un
envoi d’armes le 27 juin 2008 passant par le poste frontière de Kasindi-Mpondwe entre la RDC et l’Ouganda. Le Procureur à Kinshasa a demandé
que trois camions immatriculés NK2431BB, NK6861BB, NK5287BB-NK5288BB (semi-remorque) soient arrêtés à l’entrée de Beni et fouillés par la
police pour des suspicions de trafic d’armes. Il y a eu un affrontement avec des soldats, qui auraient été envoyés par un fonctionnaire de rang
élevé à Kinshasa, et qui ont permis aux camions de pénétrer dans la ville de Beni. À Mpondwe, le Groupe a recueilli des documents concernant
des chargements qui n’avaient pas été inspectés par les autorités ougandaises. Selon ces documents, deux conteneurs de taille identique, l’un
contenant des motocyclettes et l’autre contenant des ustensiles en aluminium, avaient pratiquement des poids similaires, ce qui est
physiquement impossible. Encadré 1 Rumangabo À Rumangabo le 7 octobre 2008, les autorités congolaises affirment avoir saisi un certain
nombre d’articles militaires, ainsi que des devises rwandaises et des photographies des diplômés des RDF qui, selon les autorités,
constitueraient une preuve de l’appui du Rwanda au CNDP. Le Groupe a inspecté ces articles et poursuit actuellement trois pistes : a) Un lance-
grenade RPG-7 bulgare : le Groupe a demandé aux autorités bulgares de fournir des informations en ce qui concerne a) qui a acquis ce type d’
équipement dans la région des Grands Lacs; et b) si les autorités peuvent identifier un acheteur spécifique sur la base du numéro de fabrication;

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b) Des munitions de Kalashnikov 7,62 x 39 mm vendus par Zimbabwe Defence Industries sous la marque commerciale CHEETAH : le Groupe a
demandé aux autorités zimbabwéennes de fournir une liste de tous les acheteurs dans la région des Grands Lacs de ce type de munitions, et si
des informations suffisantes, sur la base du code à barre, permettraient d’identifier un acheteur. Les autorités zimbabwéennes ont répondu que
les minutions avaient été fournies pour la chasse et que le Zimbabwe n’avait pas fourni d’armes à la RDC depuis le retrait de ses troupes en 2002
et n’avait fourni aucun matériel militaire à l’Ouganda, au Rwanda ou au Burundi, bien que ces pays aient récupéré de l’équipement zimbabwéen
au cours de la guerre de 1998-2003; c) Le Groupe a également examiné le cas des vestes de combat qui auraient été fabriquées en Israël avec des
étiquettes mal orthographiées « RDS-Rwanda Defence Forces ». Le Groupe a également demandé à la société israélienne si elle reconnaissait
que ces vestes avaient été fabriquées par la société, et si Achidatex vendait de tels articles dans les pays de la région. Au moment de l’
élaboration du présent rapport, le Groupe continuait à vérifier ces informations avec la coopération d’Achidatex, qui a indiqué que ces
exportations pourraient avoir eu lieu en 2005 à destination du Gouvernement rwandais. Néanmoins, le Groupe considère que les photographies
et l’argent ne constituent pas « une preuve irréfutable » de la participation du Rwanda dans les affrontements récents. Les devises rwandaises
qui auraient été trouvées sur les corps des soldats des RDF datent des années 80, et certaines images des officiers d’état-major rwandais
pouvaient être obtenues facilement au cours de la guerre lancée par le Rwanda en 19961997 contre l’ex-Président Mobutu. En outre, même si les
armes susmentionnées avaient été vendues au Gouvernement rwandais, cela ne constituerait pas une preuve absolue que les RDF étaient
déployées en RDC.

Encadré 2 Lance-grenade Le Groupe a reçu des informations selon lesquelles, au cours du filmage d’une interview de la British Broadcasting
Corporation (BBC) avec Laurent Nkunda (le 10 octobre 2008), la BBC avait également filmé certaines des armes utilisées par le CNDP, y compris
un lance-grenade à six coups. Ce type de lance-grenade n’est fabriqué que par trois pays : la Croatie (Alan Agency, d.o.o.), l’Afrique du Sud
(Milkor) et la Turquie (MKEK). Le Groupe poursuit ses enquêtes dans ce domaine. Le Gouvernement sud-africain a confirmé que ce type d’
équipement n’était pas exporté par Milkor ou un courtier sud-africain en RDC ou tout autre pays de la région. Milkor a également précisé que la
dernière exportation d’un tel équipement avait été effectuée en 1993 vers la République du Congo (Brazzaville).

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VIII.

Aviation civile et logistique
149. Conformément au paragraphe 6 de la résolution 1807 (2008), et en particulier son alinéa a), le Groupe d’experts a examiné deux versions
(septembre et novembre 2008) de l’immatriculation des aéronefs de la RDC fournies par l’Autorité de l’aviation civile (AAC). Depuis le début de
2008, l’AAC a effectué un examen détaillé des immatriculations et a amélioré la précision des données. Toutefois, le Groupe a constaté que,
malgré ces efforts, le registre d’immatriculation contenait toujours plusieurs incohérences et erreurs, et ne comprenait pas des informations
essentielles concertant un nombre important d’aéronefs. a) Le tableau 1 ci-dessous contient un résumé de l’état déclaré de 586 aéronefs
immatriculés sous l’immatriculation nationale « 9Q- » entre 1969 et 2008. Au cours de cette période, le même numéro d’immatriculation a été
attribué à des aéronefs différents, ce qui explique le grand nombre d’aéronefs inclus dans le registre (voir annexe 27). Il y a 95 aéronefs en
activité en 2008 et certifiés en état de navigation, mais ce chiffre comprend également des aéronefs dont l’état du certificat de navigabilité est
inconnu. b) L’état de la majorité des aéronefs – 323 sur 586 – est inconnu. Cela pose une menace à la sûreté et la sécurité de l’aviation en RDC.
c) Le Registre comprend également 20 aéronefs qui ont un numéro d’immatriculation manifestement incorrect et, ce qui est plus important, 89
aéronefs dont le numéro de fabrication (le moyen réel d’identifier un appareil) n’existe pas ou est incorrect. d) N’est pas compris dans le Registre
un Ilyushin-76, immatriculé 9Q-CLR, pour lequel le Groupe a reçu ces informations crédibles selon lesquelles il aurait atterri à Nairobi au début
de novembre 2008. Le même numéro d’immatriculation a été attribué dans le Registre à un Cessna P-210N. Tableau 1 Registre des aéronefs de la
République démocratique du Congo (novembre 2008)
Statut déclaré auprès de l’Autorité de l’aviation civile Période d’immatriculation

Numéro

Aucune information concernant le certificat de navigabilité Désimmatriculés, détruits ou vendus Expulsés Immobilisés Certificat de navigabilité,
dont : Le certificat de navigabilité a expiré en 2006 Le certificat de navigabilité a expiré en 2008 Le certificat de navigabilité expire en 2009 Les
données concernant le certificat de navigabilité sont inconnues Total Source : AAC, République démocratique du Congo, novembre 2008.

323 24 34 110 95 1 50 34 10 586

De 1969 à 2007 De 1985 à 2007 De 1978 à 2005 De 1976 à 2007 De 1977 à 2008

De 1969 à 2008

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150. Le Groupe a également établi que des aéronefs qui avaient été interdits de vol par l’AAC pour des raisons de sécurité continuent à voler : a)
Compagnie africaine d’aviation (CAA), un DC-9-819 (MD81) immatriculé 9Q-CBD, numéro de fabrication 48018, dont le certificat de navigabilité a
expiré le 13 janvier 2008, a continué de décoller et d’atterrir à l’aéroport de Goma en mai et juin 2008; b) Un Antonov 26 ou 28 appartenant à la
société African Air Services Commuter, numéro d’immatriculation 9Q-CFQ, numéro de fabrication 1AJ008-05, ayant un certificat de navigabilité
qui a expiré le 8 décembre 2007, atterrissait et décollait de l’aéroport de Goma en juillet et août 2008. Les aéronefs exploités par la CAA et
African Air Services Commuter sont également interdits de vol dans l’Union européenne 4.

A.

Étude de cas : la Great Lakes Business Company
151. Le Groupe d’experts a enquêté sur deux aéronefs immatriculés 9Q-CGQ et 9Q-CGO, appartenant à la Great Lakes Business Company
(GLBC), entité inscrite sur la liste du Comité des sanctions en mars 2007 5. Le numéro de fabrication (4341801), inscrit au registre aéronautique
de la République démocratique du Congo comme appartenant à l’Antonov AN-12 immatriculé 9Q-CGQ, immobilisé au sol par l’Autorité de l’
aviation civile (AAC) et se trouvant actuellement à Goma, appartient en réalité à l’AN-12 immatriculé 9L-LCR, qui s’est écrasé à Goma en juillet
2003. 152. L’AN-12 immatriculé 9L-LCR portait auparavant le matricule 9Q-CGO et faisait partie de la flotte de la GLBC. Selon les registres de l’
aviation tenus par l’AAC, aucun appareil de ce type n’a été enregistré en République démocratique du Congo, le matricule 9Q-CGO ayant été
précédemment attribué à un Boeing 707 à l’abandon à Kisangani. Le registre de l’AAC ne contient aucune mise à jour de cette entrée tendant à l’
attribuer à un AN-12. 153. Selon des documents officiels de l’AAC obtenus par le Groupe d’experts lors d’un précédent mandat en 2005, l’
appareil immatriculé 9Q-CGQ avait été acquis par la GLBC le 2 août 2003 et immatriculé comme un AN-12 portant le numéro de fabrication
4341801 (voir l’annexe 28). L’aéronef immatriculé 9Q-CGQ avait apparemment reçu son permis d’exploitation aérienne le 1er septembre 2004. 154.
Des photographies et des preuves documentaires (voir l’annexe 29) obtenues par le Groupe et corroborées par le fabricant Antonov Design
Bureau, ainsi que par les auteurs de l’importante publication Soviet Transports, prouvent que le numéro de fabrication 4341801 et les pièces
portant le numéro de fabrication 3341801 trouvées sur l’épave de l’avion immatriculé 9L-LCR appartenaient effectivement à l’appareil immatriculé
9Q-CGO qui s’était écrasé à Goma, alors qu’il portait le matricule 9L-LCR. Cet avion avait été construit par l’armée de l’air soviétique et a été,
semble-t-il, enregistré par la suite sous le matricule CCCP-12166 (le numéro 166 est encore visible sur le radôme vitré de l’épave) (voir l’annexe
30). 155. Le dossier d’immatriculation de l’appareil 9L-LCR a été demandé à l’Autorité de l’aviation civile du Gouvernement sierra-léonais, qui n’a
pas encore donné suite

__________________
4 5

http://ec.europa.eu/atoz_en.htm. http://www.un.org/News/Press/docs/2007/sc8987.doc.htm.

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à cette demande. L’appareil 9Q-CGQ sous saisie à Goma fait toujours l’objet d’enquête et le Groupe n’est pas encore en possession de preuves
concluantes qui en attesteraient l’identité.

B.

Aviation civile et appareils réquisitionnés
156. Au cours des deux dernières années, les FARDC ont eu largement recours à des avions-cargos appartenant à la MONUC et à des
compagnies d’aviation commerciales pour transporter du matériel militaire vers l’est de la République démocratique du Congo. Depuis
septembre 2008 en particulier, les autorités congolaises réquisitionnent des aéronefs de trois compagnies enregistrées en République
démocratique du Congo, à savoir : Hewa Bora Airways, Gomair et Trans Air Cargo Service. 157. Les appareils transportaient des équipements et
du matériel militaires des FARDC à partir et à destination de diverses villes, dont Kinshasa, Kisangani et Goma. Les manifestes de vols et de
cargaisons des aéroports de Goma et de Kisangani obtenus par le Groupe montrent que la compagnie Hewa Bora Airways a assuré 33 vols
(Kisangani, Goma, Kinshasa) en septembre 2008 et 11 en octobre 2008 suivant le même itinéraire. Gomair a effectué six vols (Kisangani, Goma)
en septembre et six en octobre 2008 (Kisangani, Goma, Isiro). Trans Air a effectué 10 vols en septembre 2008 (Kisangani, Kinshasa) et 5 en
octobre (Kisangani, Kinshasa). Les manifestes de cargaison de Gomair obtenus par le Groupe et les déclarations de la direction d’Hewa Bora
Airways confirment que ces appareils transportaient du matériel militaire. 158. Une autre compagnie, Enterprise World Airways (EWA) (indicatif
d’appel OACI EWS), réquisitionnée par le Gouvernement, a effectué neuf vols en septembre 2008 (Kisangani, Kinshasa) et six en octobre 2008
(Kisangani, Kinshasa) pour le compte des FARDC avec un Boeing 707 immatriculé 9Q-CRM. Le 27 octobre 2008, le Groupe a observé que des
caisses de munitions étaient déchargées de cet appareil à Kisangani. 159. Le Groupe d’experts souligne qu’en ce qui concerne le paragraphe 6
de la résolution 1807 (2008) du Conseil de sécurité, l’utilisation d’aéronefs civils dans des zones de conflit ou de guerre est interdite par la
Convention de Chicago relative à l’aviation civile internationale 6 et par les normes de l’OACI, car elle met en danger la vie de l’équipage et des
pilotes civils qui ne bénéficient pas d’une protection militaire. Enterprise World Airways et envoi de munitions au Zimbabwe 160. Le Boeing 707
immatriculé 9Q-CRM, utilisé pour le transport de matériel militaire à destination du Zimbabwe, est enregistré comme appartenant à la compagnie
EWA, dont le siège se trouve au 68 du boulevard Lumumba à Kinshasa et qui est exploitée par Charles de Schrijver et M. Birindwa. Comme il
ressort des relevés comptabilisant les mouvements d’appareils au départ de l’aéroport de Goma, la compagnie EWA (orthographiée à tort Hewa)
a affrété, pour le compte des FARDC, le même appareil immatriculé 9Q-CRM qui transportait à bord du personnel militaire et des munitions
destinés au Nord-Kivu. Au moment de la

__________________
6

http://www.icao.int/goto_m.pl?icaonet/dcs/7300.html.

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mission au Zimbabwe, l’avion était encore officiellement en état de navigabilité, mais son permis d’exploitation aérienne avait expiré le 1er
novembre 2008.

C.

Trafic maritime et lacustre
161. Le Groupe d’experts a enquêté sur des mouvements de marchandises transitant par les ports de Dar es-Salaam, Kigoma, Matadi et
Mombasa. Ces ports ont été cités par des sources du Groupe comme points de transit de matériels militaires destinés à des groupes armés non
gouvernementaux opérant en République démocratique du Congo. Le Groupe a analysé les mouvements portuaires quotidiens des navires qui
ont fait escale et déchargé du fret dans ces ports entre janvier et octobre 2008. L’analyse des mouvements portuaires et la provenance des
navires mouillant dans ces ports, ainsi que les informations reçues par le Groupe, indiquaient que des expéditions d’armes avaient peut-être eu
lieu; le Groupe a donc remis aux autorités locales une liste des navires dont il souhaitait examiner les manifestes de fret. 162. Le Groupe n’a pas
pu établir que du matériel militaire manifestement destiné à des groupes armés non gouvernementaux ait transité par ces ports. Toutefois, il
poursuit son enquête au sujet d’une importante cargaison de munitions récemment déchargée dans le port de Dar es-Salaam par un cargo de
marchandises diverses qui l’avait embarquée dans le port ukrainien d’Oktyabrsk. 163. À Mombasa, le Groupe a centré ses recherches sur les
marchandises en transit et les manifestes de fret établis par l’OFIDA pour des marchandises destinées à la République démocratique du Congo.
Il a également demandé à l’administration des douanes du Kenya de lui fournir les manifestes de cargaison concernant des livraisons de matériel
militaire déchargé à Mombasa et, en particulier, celui d’un cargo qui avait fait escale en janvier 2008 à Mombasa avec une cargaison militaire
embarquée dans le port ukrainien d’Oktyabrsk. Les services douaniers kényans n’ont communiqué qu’un résumé du contenu des chargements à
destination ou en provenance de la République démocratique du Congo. Le Groupe enquête toujours à propos du certificat d’utilisateur final
concernant une cargaison d’équipement militaire déchargée d’un autre navire et d’armes légères embarquées dans le même port ukrainien à
destination de Mombasa. 164. À Dar es-Salaam, le Groupe a demandé aux autorités portuaires et douanières de lui fournir les manifestes de
cargaison de 21 navires qui avaient fait escale à Dar es-Salaam en 2008, mais il n’en a obtenu que quatre. 165. À Matadi, le Groupe a demandé les
manifestes de 42 navires qui y avaient fait escale à des dates diverses en 2008, dont celui du St Georg 7, un cargo qui, le 30 septembre 2007,
avait déchargé des camions militaires chinois et d’autres matériels militaires au port de Matadi. Le navire a été rebaptisé Padna en février 2008. À
ce jour, le Groupe n’a toujours pas reçu les manifestes. 166. À Kigoma, le Groupe a demandé aux autorités portuaires et douanières divers
documents sur le trafic entre ce port et Uvira et d’autres ports lacustres de la République démocratique du Congo, en particulier sur le dossier d’
un navire

__________________
7

Le navire susmentionné est cité dans le document S/2008/43 (par. 79) sous l’appellation Saint George.

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soupçonné d’avoir transporté des armes de Kigoma à Uvira en juillet 2007. Il a reçu les documents en question et l’enquête se poursuit.

IX. Recrutement et utilisation d’enfants par des groupes armés
167. Le Groupe d’experts a obtenu des informations directement auprès des centres d’accueil provisoire locaux où les enfants sont placés après
avoir été démobilisés des groupes armés, ainsi qu’auprès du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), de la MONUC et d’autres
partenaires s’occupant de la protection de l’enfance. Le Groupe a également mené un certain nombre de missions de vérification sur le terrain et
s’est entretenu directement avec des enfants démobilisés. 168. Au total, les experts ont analysé le dossier de 374 enfants soldats démobilisés et
se sont entretenus avec plusieurs douzaines d’entre eux en personne. Sur la base des données ainsi recueillies ainsi que des missions
effectuées par le Groupe sur le terrain et des témoignages directs, les commandants les plus responsables du recrutement ou de l’utilisation d’
enfants soldats sont : a) CNDP : Le colonel Innocent Kabundi, le colonel Sultani Makenga et le colonel Munyakazi. Toutefois, compte tenu de l’
importance du contrôle et de la stricte autorité qui sont exercés au sein du CNDP et des visites fréquentes que rendent le général Nkunda et le
général Taganda aux troupes, le Groupe a le sentiment que ces deux commandants ont une responsabilité s’agissant du maintien des enfants
dans les rangs du CNDP; b) PARECO : Un nombre important d’enfants a été recruté par des gardes du corps du général Mugabo, le
commandant des PARECO pour le Nord-Kivu, preuve de sa responsabilité personnelle.

A.

Tendances en matière de recrutement
169. La résurgence récente – août 2008 – de la violence et des combats sur les territoires de Masisi et Rutshuru ainsi que dans le district de l’Ituri
a contribué à une nouvelle vague de recrutement d’enfants. Le Groupe s’est rendu à Kilolirwe et Kitchanga, où il a obtenu des informations
concordantes auprès des écoles, des autorités locales et des agents travaillant pour des organisations humanitaires faisant état du recrutement
d’enfants à grande échelle. Le Groupe a également appris de multiples sources que des enfants étaient recrutés par les PARECO depuis janvier
2008. 170. Selon les informations recueillies par ceux qui œuvrent en faveur de la protection de l’enfance, il est estimé qu’au moins 150 enfants
ont été recrutés sur le territoire de Rutshuru depuis la reprise des combats à la fin du mois d’août 2008. D’après les organismes de protection de
l’enfance, entre le 24 octobre et le 2 novembre 2008, 36 enfants auraient été recrutés par les Maï Maï dans la zone de Nyamilima (territoire de
Rutshuru), probablement en raison des offensives récentes du CNDP. Au cours de la troisième semaine de novembre 2008, le Groupe a reçu des
informations faisant état d’un recrutement systématique et continu à Kitshanga, sur le territoire de Masisi. Les sources de ces informations ont
indiqué que presque tous

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les enfants qui avaient retrouvé leur famille au cours des trois derniers mois avaient été recrutés de nouveau par le CNDP, en particulier dans les
zones de Kitshanga, Mweso et Kashuga. Au cours de la même période, le Groupe a été informé que 52 enfants avaient été recrutés de nouveau
par des milices maï maï.

B.

Réengagement
171. Les ex-enfants soldats courent le risque d’être recrutés de nouveau car ils ont déjà été formés au combat et constituent une ressources
attrayante pour les groupes armés. Sur la base de l’analyse de données susmentionnée, le Groupe sait que sur les 350 enfants démobilisés, 24
ont été recrutés plus d’une fois par plus d’un groupe armé. On trouvera ci-après quelques exemples : a) Un garçon de 15 ans a été recruté en
2005 par les FDLR à Ngungu, sur le territoire de Masisi, avant de s’échapper deux semaines plus tard. Deux jours après avoir retrouvé sa famille, l’
enfant a été recruté par le CNDP. Il a été relâché à la fin de 2007 par le CNDP, mais a été recruté de nouveau par le même groupe en septembre
2008. Un autre garçon âgé de 15 ans a d’abord été recruté à Kagusa (Masisi) par le lieutenant Mugenzi du CNDP en avril 2008 avant d’être de
nouveau recruté par le colonel Muomba des PARECO en mai 2008; b) Trois garçons appartenant au groupe rebelle maï maï Cobra, âgés de 14, 15
et 16 ans respectivement ont d’abord été recrutés à Renga (Masisi) par le capitaine Elie du groupe maï maï Cobra entre 2005 et 2006. Les garçons
ont servi de gardes du corps. Ils ont été démobilisés et envoyés dans un centre de transit à Goma, avant de retrouver leur famille en mars 2008.
Ils ont de nouveau été recrutés à Kingi, sur le territoire de Masisi, par des éléments du groupe maï maï Cobra en juin 2008.

C.

Recrutement d’enfants par le CNDP
172. Sur les 374 dossiers analysés par le Groupe, 60 concernaient le recrutement d’enfants par le CNDP. 173. D’après les informations obtenues
auprès de sources locales ainsi que de spécialistes de la protection de l’enfance, le recrutement d’enfants par le CNDP s’est intensifié en
septembre 2008, en particulier sur le territoire de Masisi. Deux enfants qui avaient fui les rangs du CNDP à la mi-octobre 2008 ont indiqué qu’ils
avaient été recrutés au début du mois d’octobre 2008 dans la zone de Ngungu et Murambi par le colonel Baudoin et le commandant Butoni,
respectivement. Selon un témoignage direct reçu par le Groupe en octobre 2008, 40 mineurs recevraient un entraînement dans un camp à
Mushake. Le Groupe a reçu des informations qui ont été corroborées selon lesquelles les zones de Karuba, Kagungu, Rubaya, Mushake et
Muremure étaient tout particulièrement visées pour ce qui était du recrutement d’enfants. Dans la nuit du 11 octobre 2008, la MONUC est
intervenue par deux fois pour empêcher le recrutement local d’enfants par des éléments du CNDP, près de l’exploitation agricole (Masisi). 174.
Le Groupe a reçu des informations faisant état d’enfants visés à des fins de recrutement et se rapprochant de bases de la brigade du Nord-Kivu
de la MONUC afin d’y trouver protection. À la mi-octobre 2008, le Groupe a été informé que 16

46

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garçons avaient été placés par la MONUC dans des centres d’accueil provisoire après avoir fait l’objet de plusieurs tentatives de recrutement
dans la zone de Mushaki. 175. Il ressort des témoignages fournis directement par les enfants démobilisés que le recrutement dans les écoles
demeure une méthode inquiétante utilisée par le CNDP pour grossir ses rangs : a) Au cours d’une mission sur le terrain effectuée à la mi-octobre
2008, le Groupe a reçu des informations – qui ont été vérifiées – de deux écoles se trouvant sur les territoires de Masisi et Rutshuru
respectivement concernant 14 cas de recrutement d’enfants; b) Le 24 octobre 2008, des éléments du CNDP s’en seraient pris à des écoles
primaires et secondaires à Shasha (Masisi). Treize enfants recrutés dans ces écoles ont pu s’échapper, mais l’un d’entre eux aurait été tué; c) Le
Groupe a appris, grâce à des témoins directs, qu’en juin 2007, une opération massive de recrutement avait eu lieu dans l’école primaire de la
paroisse de Nyakariba (Masisi). D’après l’un des enfants recrutés, des éléments du CNDP dirigés par le colonel Innocent Kabundi ont lancé un
raid contre l’école et enlevé tous les enfants de plus de 10 ans, y compris les filles; d) En avril 2008, des soldats du CNDP ont recruté de force 16
garçons dans une église à Masisi. Ces derniers ont été emmenés à Mweso et y ont été entraînés sous le commandement du capitaine Habimana.
Trois des enfants ont été tués au cours d’une attaque par les FARDC. 176. Le Groupe a également reçu des informations faisant état de mauvais
traitements infligés à des enfants au sein du CNDP. Le Groupe s’est entretenu avec 10 déserteurs du CNDP à Kisoro (Ouganda), ceux-ci étaient
âgés de 15 à 26 ans et comprenaient huit Rwandais, un Burundais et un Congolais. Ils auraient assisté à trois exécutions sommaires d’enfants
qui avaient tenté de s’échapper du camp militaire de Chanzo, dirigé par le colonel Sultani Makenga, commandant du CNDP, au cours des mois d’
août et septembre 2008. Le Groupe a obtenu de nombreux témoignages oculaires d’exécutions au sein du CNDP pour différents délits,
notamment tentatives de désertion et viol.

D.

FDLR
177. Sur les 374 cas de recrutement analysés par le Groupe, 62 ont été attribués aux FDLR. On trouvera ci-après quelques exemples : a) Un
garçon de 17 ans a été recruté à Kabizo en janvier 2007 par le commandant Didi des FDLR. Il s’est échappé à Katwiguru, sur le territoire de
Rutshuru; b) Un autre garçon a été recruté en 2005 à Kagando, sur le territoire de Rutshuru, par un groupe de combattants des FDLR-Forces
combattantes Abacunguzi (FOCA), sous le commandement du capitaine Job. Ce garçon a été recruté de nouveau en juillet 2008 dans la même
zone par un groupe de combattants des FDLR-FOCA commandé par le colonel Maitre;

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c) Un garçon de 13 ans, avec lequel le Groupe s’est entretenu en novembre 2008 après qu’il s’était échappé de Kibati, avait été recruté deux mois
plus tôt par le lieutenant Vumilia des FDLR sur le marché de Kibumba; d) S’agissant des enfants qui ont récemment fui les rangs de FDLR-
FOCA, le Groupe a reçu des informations sur un garçon rwandais âgé de 15 ans qui avait été amené à Numbi, sur le territoire de Kalehe, par un
garçon rwandais en août 2008 et recruté par les FDLR-FOCA en septembre 2008. Il était l’un des nombreux vachers rwandais à avoir été recruté
en République démocratique du Congo par les FDLR et le CNDP auquel le Groupe avait parlé.

E.

RUD-Urunana
178. Sur les 374 cas de recrutement analysés par le Groupe, six concernaient des enfants qui avaient été recrutés par le RUD-Urunana. On
trouvera ci-après d’autres exemples de recrutement : a) Le Groupe a également reçu des informations selon lesquelles, à la miseptembre 2008, six
enfants auraient été enlevés par des éléments dirigés par le général Musare à Nyamilima, sur le territoire de Rutshuru; b) Trois garçons âgés de
16 à 17 ans et ont fui les rangs du RUD au début du mois d’octobre 2008 à Kasiki (Lubero). Ils avaient servi de gardes du corps à des
commandants du RUD; c) Un autre garçon de 15 ans a indiqué qu’il avait été recruté sur le territoire de Rutshuru par le commandant Ndeko sous
le commandement du général Musare en juin 2008; d) Parmi les enfants qui ont fui récemment les rangs du RUD-Urunana figurait un jeune
Rwandais de 17 ans qui avait été amené en République démocratique du Congo par un paysan congolais en tant que vacher. Il aurait été d’
abord recruté à Rubaya (Masisi) par un loyaliste de Nkunda avant de s’échapper et d’être recruté de nouveau à Kilama (territoire de Rutshuru)
par le capitaine Marius du RUD en décembre 2005. Le garçon a déclaré qu’il avait été recruté une troisième fois par le commandant Mwendebantu
à Sake en août 2008.

F.

PARECO et autres milices maï maï
179. Sur les 374 cas de recrutement analysés par le Groupe, 163 étaient attribués aux PARECO, ce qui en faisait l’un des plus importants
recruteurs d’enfants. On trouvera ci-après quelques exemples de recrutement par les PARECO : a) Le Groupe a reçu des informations qui ont
été corroborées sur 30 enfants qui avaient fui les rangs des PARECO entre août et novembre 2008. Ils avaient tous été recrutés en 2008; b) Le 6
octobre 2008, le Groupe a obtenu des informations sur un garçon de 17 ans qui avait été recruté par le commandant Prince des PARECO le 20
février 2008 à Mayamaoto, dans la zone de Kanyabahyonga; c) Cinq enfants auraient été recrutés à Buhoye (Masisi) par le commandant Akili
entre septembre 2007 et mars 2008. Un sixième enfant aurait été recruté à

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Rukopfu (Masisi) par le commandant Baseme Pitchen en septembre 2008 et un septième, à Masisi, par le lieutenant Mugenzi du CNDP, avant d’
être réengagé par le colonel Muomba en mai 2008; d) Trois autres garçons ont été recrutés par le commandant Kikokota le 13 avril 2007 et par le
capitaine Musafiri et le colonel Janvier en août 2008 à Shasha, sur le territoire de Rutshuru. Deux autres enfants ont été recrutés à Kibirizi,
respectivement par le commandant Pondu et le commandant Bahati, en août et décembre 2008. Un autre garçon a déclaré qu’il avait été recruté
par le général Mugabo en avril 2007 après avoir été démobilisé déjà deux fois par le RCD et les Forces d’autodéfense populaire maï maï en 2004
et 2006, respectivement. 180. Sur les 374 cas de recrutement analysés par le Groupe, 38 ont été attribués aux milices maï maï opérant dans le
Nord-Kivu. Sur ces 38 enfants, 10 ont été démobilisés par le groupe maï maï Cobra et recrutés en 2003. 181. Le Groupe a reçu à de nombreuses
reprises des informations sur les opérations de recrutement en cours des Maï Maï ainsi que des commandants faisant obstacle au processus de
vérification et à la démobilisation des enfants par les spécialistes de la protection de l’enfance. On trouvera ci-après quelques exemples : a) À
Kayna, sur le territoire de Lubero, le commandant local des Maï Maï Kasindien, le colonel Kapangala, a refusé de reconnaître que 10 soldats
étaient des enfants et fait obstacle aux efforts déployés par les spécialistes de la protection de l’enfance pour les démobiliser; b) Le 15 août
2008, huit enfants faisant partie des rangs des Maï Maï Kalehe dirigés par le colonel Sido Naengo ont été démobilisés. Tous avaient été recrutés
entre janvier et juin 2008; c) Sur le territoire d’Uvira, tout au long de 2008, les Maï Maï sous le commandement du général Zabuloni ont continué
de recruter et d’utiliser les enfants, même s’il semble que les efforts de sensibilisation déployés par les spécialistes de la protection de l’enfance
aient porté leurs fruits au cours des dernières semaines d’octobre 2008. Le 10 septembre 2008, la MONUC a facilité la démobilisation de trois
enfants âgés de 15 à 17 ans qui faisaient partie des rangs des Maï Maï Zabuloni; d) Au début d’octobre 2008, le Groupe a reçu des informations
sur deux enfants qui auraient quitté les rangs des Maï Maï Zabuloni. L’un d’eux, un garçon de 16 ans, avait été recruté volontairement par le
capitaine Claude Majaga en 2006. Il avait été recruté une deuxième fois après avoir temporairement retrouvé sa famille en mai 2007. L’autre
garçon, âgé de 14 ans, a été démobilisé à la fin d’octobre 2008 par le lieutenant Mulizima Malipo après avoir été recruté au cours de l’été 2007; e)
Dix-huit enfants ont été démobilisés à la mi-octobre 2008 de la brigade Cobra du colonel Tangazo Kabiona Gislain des Maï Maï Kifwana. Les
enfants étaient âgés de 15 à 17 ans et avaient été recrutés entre 2001 et 2008 sur les territoires de Masisi et Kalehe.

G.

Armée de résistance du Seigneur (LRA)
182. Le Groupe n’a pas été en mesure d’enquêter directement sur l’utilisation d’enfants soldats par l’Armée de résistance du Seigneur (LRA). Il a
toutefois reçu

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des informations qui ont été vérifiées selon lesquelles au cours d’attaques menées par des éléments de la LRA en 16 points du territoire de
Dungu, dans la Province orientale, en septembre et octobre 2008, 177 enfants avaient été enlevés. Le Groupe est extrêmement préoccupé par ce
qu’il considère être l’enlèvement systématique d’enfants par des éléments de la LRA. 183. Le Groupe estime que ces enlèvements risquent de
faire partie des préparatifs de la LRA pour ses opérations à venir contre les FARDC et la MONUC et constituent une forme d’intimidation des
populations locales et un moyen de les empêcher de fournir des informations aux ennemis du groupe rebelle.

H.

FARDC
184. Le Groupe est encouragé par la tendance générale en matière de protection de l’enfance au sein des FARDC; il n’a en effet trouvé aucune
preuve de recrutement systématique d’enfants. Sur les 374 cas de recrutement, 10 concernaient les FARDC. Le Groupe demeure toutefois
préoccupé par la présence d’enfants dans deux brigades non intégrées des FARDC, la 81e brigade basée à Katale et, jusqu’à récemment sous le
commandement du colonel Yav, et la 85e, basée à Walikale et dirigée par le colonel Matumo : a) Comme l’a indiqué le Groupe dans son rapport
intérimaire, la 85e brigade continue d’utiliser des enfants. Le Groupe a récemment été informé, qu’après la démobilisation de 30 enfants en mai
2008, d’autres enfants avaient été recrutés; b) Sur les 10 cas de recrutement examinés, quatre enfants ont été recrutés par la 81e brigade non
intégrée entre octobre et novembre 2007. Les autorités des FARDC ont indiqué de façon non officielle au Groupe que le colonel Yav n’avait pas
remis les déserteurs du CNDP qui avaient rejoint sa position, y compris les enfants. Le Groupe a également reçu un témoignage d’un garçon de
16 ans qui a déclaré avoir accompagné le colonel Yav pendant six mois. Un enfant de 14 ans a déclaré avoir été recruté vers le milieu de l’année
2007 par des soldats de la 81e brigade. Il était le garde du corps du capitaine Innocent, commandant en second du bataillon dirigé par le
commandant Fimbo. 185. Le Groupe est également préoccupé par les informations faisant fréquemment état d’une détention prolongée d’
enfants dans les centres de détention des FARDC après leur démobilisation des groupes armés. Cette pratique se caractérise souvent par des
interrogatoires et un traitement inhumain. 186. Les spécialistes de la protection de l’enfance ont informé le Groupe qu’ils étaient préoccupés par
la présence d’enfants dans des centres de brassage et le nonrespect des procédures de vérification nécessaires à la protection de ces enfants.
On trouvera ci-après quelques exemples : a) En octobre 2008, 490 éléments de la brigade maï maï Cobra ont été transférés dans les centres de
brassage de Kamina, Kitona et Kisangani. Les spécialistes de la protection de l’enfance n’ont pu soumettre à vérification qu’une partie des
combattants démobilisés; b) En octobre 2008, les FARDC ont contesté le transfert de 111 enfants venant du centre de brassage de Kitona. Le
Groupe a appris qu’au moins 10 de ces

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enfants avaient été transférés par les FARDC vers le centre de brassage et que d’autres enfants se trouvant dans des familles d’accueil avaient
été harcelés.

X. Violations graves du droit international commises à l’encontre des femmes et des enfants
187. Conformément au mandat que lui confère le paragraphe 13 de la résolution 1807 (2008), le Groupe d’experts a examiné les dossiers
médicaux liés à 300 cas de violence sexuelle dont des femmes ont été victimes dans le Nord-Kivu. D’après les données recueillies, tous les
groupes armés et les FARDC sont responsables de telles violations. Ces données, ainsi que les rapports communiqués au Groupe d’experts
durant son mandat actuel, n’ont toutefois pas permis de réunir des informations suffisantes sur les auteurs des violations ou sur la chaîne de
responsabilités. 188. Le Groupe d’experts a constaté un manque de systématisation quant aux données relatives à la violence sexuelle. Il croit
savoir que des initiatives ont été prises pour recueillir ces données, et engage instamment le FNUAP, en tant que chef de file en la matière, à
envisager d’inclure un mécanisme permettant d’identifier les auteurs de ces actes de violence, tout en respectant le caractère confidentiel de ces
informations et de celles qui concernent les victimes. 189. Le Groupe d’experts n’a malheureusement pas pu accéder à une base de données
confidentielles sur les cas de violence sexuelle tenue par la MONUC, et n’a été informé que d’un nombre limité de cas de violation des droits de l’
homme et du droit international humanitaire. 190. On trouvera ci-après quelques exemples de violations graves commises par tous les groupes
armés, recensés par le Groupe d’experts : a) Le Groupe d’experts a reçu des informations faisant état du harcèlement systématique de la
population, notamment de pillages et de viols, par le 182e bataillon des FARDC dirigé par le commandant Charles déployé sur le territoire
Walungu; b) Entre le 22 et le 28 août 2008, des éléments des FARDC appartenant à la 13e brigade intégrée se sont rendus coupables de sept
viols dans le village de Luofu (Lubero). Les auteurs de ces viols appartenaient tous à la 2e compagnie du 131e bataillon. Selon la MONUC et les
autorités sanitaires locales, 33 victimes de viol ont été secourues à Luofo depuis le début 2008; c) Onze filles âgées de 11 à 16 ans ont été
violées au nord de Bunia par des éléments du 11e bataillon de la 1re brigade des FARDC placée sous le commandement du colonel Esperant
Masudi; d) La MONUC a pu confirmer 10 viols perpétrés par des soldats en repli appartenant aux 7e et 15e brigades intégrées des FARDC à
Kibirizi et Nyanzale (territoire de Rutshuru) depuis le début septembre 2008. Des éléments des mêmes unités auraient été impliqués dans cinq
autres viols à Kanyabayonga. 191. Des témoins oculaires ont rapporté au Groupe d’experts que, le 5 novembre 2008, le CNDP a procédé à des
exécutions sommaires à Kiwanja (territoire de Rutshuru). Le Groupe d’experts a également reçu des informations sur la chaîne de

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commandement du CNDP à Kiwanja au moment des assassinats et poursuit son enquête à ce sujet : a) Les informations reçues par le Groupe d’
experts incluaient des images vidéo filmées par des journalistes étrangers à Kiwanja et Rutshuru, montrant des cadavres dans des rues et des
maisons. Elles ont été confirmées par des informations émanant de témoins oculaires qui ont assisté aux exécutions sommaires menées par le
CNDP. Les personnes visées par le CNDP étaient soupçonnées d’être des partisans des Maï Maï et du PARECO à Kiwanja et Rutshuru; b) Le 7
novembre 2008, une mission de la MONUC s’est rendue à Kiwanja pour vérifier les allégations relatives à l’exécution arbitraire de civils. Des
membres de la mission se sont rendus dans 11 cimetières, où étaient supposés se trouver les dépouilles de 26 victimes, dont des combattants.
Deux enfants (âgés de un an et demi et de 2 ans, respectivement) et plusieurs jeunes adultes étaient au nombre des victimes. Les autorités
locales ont affirmé avoir enterré 62 civils depuis les affrontements. Les témoins oculaires interrogés par les membres de la mission ont confirmé
que la majorité des civils trouvés morts chez eux avaient été victimes d’exécutions sommaires perpétrées par des éléments du CNDP, qui avaient
procédé dans le village à des assassinats sélectifs et en représailles après le départ du PARECO. Les victimes, essentiellement des jeunes
hommes, étaient accusées d’être des combattants ou des collaborateurs du PARECO. Les enquêtes de la MONUC ont été entravées par des
contraintes de temps et des problèmes de sécurité, tenant en particulier à la présence d’éléments armés du CNDP à proximité.

XI. Respect du régime de sanctions
192. Durant l’exécution de son mandat, le Groupe d’experts a adressé 112 communications officielles à des États Membres et à des entités
privées afin de solliciter des informations qu’il jugeait pertinentes au regard de son mandat. Un grand nombre de ces requêtes n’ont pas reçu de
réponse satisfaisante : a) En dépit de plusieurs demandes adressées aux autorités compétentes de la République démocratique du Congo et de
l’Afrique du Sud, le Groupe d’experts n’a pas reçu les manifestes de chargement relatifs aux vols entre Khartoum et Kisangani effectués en
septembre et novembre 2007 et en septembre 2008 par la compagnie Azza Transport, basée à Khartoum (voir S/2008/43, par. 68 à 74). S’agissant
des autorités sud-africaines, le Groupe d’experts n’a pas reçu les enregistrements de vol de l’aéroport de Pretoria permettant de vérifier l’
affirmation du Gouvernement de la République démocratique du Congo (voir S/2008/43, par. 75 à 78) selon laquelle un appareil de type IL-76
(immatriculé YU-AMJ, appartenant à la compagnie Air Tomisko, basée à Belgrade, et loué avec son équipage à ICAR Air, compagnie basée à
Tuzla) a réellement effectué un vol de Pretoria à Kinshasa. Les affirmations des autorités de la République démocratique du Congo sont
contredites par les données communiquées par ICAR Air à plusieurs pays le long de l’itinéraire Nis (Serbie)Kinshasa et figurant dans registres d’
autorisations de survol et d’autorisations d’atterrissage; b) Le Groupe d’experts a demandé des informations au Gouvernement burundais et
transmis par la suite deux lettres sollicitant des informations liées à la société Gold Link Burundi Trading, Farrel Trade and Investment, ainsi que
les déclarations de douanes concernant toutes les exportations d’or. Plus de trois mois

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après la demande initiale du Groupe d’experts, les autorités burundaises refusent toujours de fournir ces informations. Le Groupe d’experts a
demandé au Gouvernement ougandais de lui communiquer les statistiques sur toutes les exportations d’or établies par son Bureau de
statistique, mais n’a à ce jour reçu aucune réponse. Il a également demandé aux autorités fiscales ougandaises des informations sur les
exportations d’or de deux compagnies, mais là encore n’a reçu aucune réponse à ce jour. Il n’a pas non plus reçu de réponse des services de l’
immigration ougandais concernant le passage au Kenya de Frank Bwambale Kakolele, qui fait l’objet d’une interdiction de voyage décidée par le
Comité depuis novembre 2005 (voir par. 99 b) du rapport intermédiaire du Comité); c) Le Groupe d’experts a reçu des informations selon
lesquelles des individus liés à des entités visées par les sanctions utilisaient des avions de la compagnie Ethiopian Airlines pour se rendre de
Kampala à Dubaï. Le Groupe d’experts a adressé une lettre à Ethiopian Airlines pour obtenir des précisions à cet égard, mais n’a reçu à ce jour
aucune réponse; d) Les autorités douanières kényanes, malgré plusieurs demandes, n’ont pas communiqué les manifestes de chargement des
navires au sujet desquels le Groupe d’experts avait demandé des documents. Les autorités douanières kényanes ont uniquement fourni un
résumé du contenu des cargaisons à destination ou en provenance de la République démocratique du Congo. Comme dans le cas de l’
Ouganda, le Groupe d’experts n’a reçu aucune réponse des services de l’immigration kényans concernant le passage au Kenya de Frank
Bwambale Kakolele; e) Les autorités portuaires et douanières de Dar es-Salaam, en dépit des nombreuses demandes qui leur ont été adressées,
n’ont communiqué au Groupe d’experts que quatre des 21 manifestes de chargement demandés par celui-ci; f) Les autorités douanières de
Matadi, en dépit des nombreuses demandes qui leur ont été adressées, n’ont jamais communiqué au Groupe d’experts les manifestes de
chargement concernant 42 navires à quai dans le port de Matadi à diverses dates en 2008; g) Les autorités portuaires et les autorités douanières
de Kigoma ont pleinement coopéré avec le Groupe d’experts et lui ont communiqué les informations demandées; h) Par ailleurs, peu d’États, en
particulier dans la région des Grands Lacs, ont pris des mesures pour mettre en œuvre les sanctions imposées par le Conseil de sécurité. Les
Gouvernements du Burundi, de la République démocratique du Congo, du Rwanda et de l’Ouganda n’ont pas donné pour instruction à leurs
autorités douanières de donner effet à l’interdiction de voyage visant les individus touchés par les sanctions, et leurs banques centrales
respectives ne se sont pas systématiquement employées à geler les avoirs des personnes dont les noms figurent sur la liste de sanctions. Dans
un cas, le général Bwambale Kakolele, dont le nom figure sur la liste depuis sa création le 1er novembre 2005, a fait part de sa surprise lorsque le
Groupe d’experts l’a informé qu’il faisait l’objet de sanctions, ce dont il a affirmé n’avoir jamais été avisé. 193. Le Groupe d’experts a longuement
examiné avec le Gouvernement ougandais la question de l’application des sanctions :

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a) Le Groupe d’experts a rencontré le Gouverneur de la Banque d’Ouganda en septembre 2008 et lui a indiqué qu’il considérait que les sanctions
à l’encontre d’UCI et de Machanga Limited n’avaient pas été appliquées depuis l’inscription de ces entités sur la liste en mars 2007. La Banque d’
Ouganda a donné suite à la demande du Groupe d’experts tendant à geler les comptes de Machanga Limited à la DFCU Bank, où sont détenus
les comptes d’entreprise de Machanga Limited, mais n’a pas encore donné suite aux demandes concernant les autres banques où Machanga
Limited détient des comptes. Le Groupe d’experts a également découvert que la Crane Bank, où UCI détient ses comptes, n’avait pas appliqué
un gel des avoirs visant cette société depuis mars 2007, au motif qu’elle n’avait reçu de la Banque d’Ouganda aucune instruction à cet effet; b)
Après l’inscription de Machanga Limited et d’UCI sur la liste du Comité en mars 2007, la société Emirates Gold, basée aux Émirats arabes unis, a
bloqué 2 052 622 dollars dus à UCI, en prétextant le gel des avoirs. UCI s’est ainsi trouvé redevable à la Crane Bank du paiement de lourds
intérêts liés au remboursement de ses emprunts et de ses découverts. Les directeurs d’UCI ont réagi en versant des centaines de milliers de
dollars provenant d’un compte personnel et d’un compte lié à un commerce de fleurs dont ils sont propriétaires afin d’acquitter le paiement des
intérêts; c) Donnant suite à une demande du Gouvernement ougandais, le Président du Comité des sanctions a adressé aux autorités des
Émirats arabes unis une lettre datée du 24 juillet 2008 dans laquelle il demandait à Emirates Gold de régler la somme de 2 052 622 dollars en vertu
d’une dérogation afin que les dettes d’UCI envers la Crane Bank puissent être remboursées, et que le gel des avoirs puisse être imposé sans que
subsiste un différend. Le 23 septembre 2008, le Groupe d’experts a adressé au Comité une lettre l’informant qu’aucun mécanisme adéquat n’
avait été mis en place pour faire en sorte que le solde de 840 542 dollars soit gelé après le règlement de la dette de 1 212 080 dollars due à la
Crane Bank par UCI. Le Comité a ensuite adressé une lettre aux autorités ougandaises afin qu’elles demandent à la Banque d’Ouganda d’ouvrir
un compte séquestre sur lequel le solde des fonds remis pourrait être surveillé une fois gelé lorsque les dettes se montant à 1 210 080 dollars
seraient remboursées. Le Groupe d’experts prend note que le Ministre des affaires étrangères de l’Ouganda a transmis le 14 octobre 2008 la
demande du Comité à la Banque d’Ouganda, qui n’a toutefois pris aucune mesure à ce jour; d) Le Groupe d’experts prend note de la
coopération de la Banque d’Ouganda à d’autres égards, mais a de nouveau rappelé au Gouverneur et au Gouverneur adjoint de celle-ci qu’il
appartenait aux gouvernements de faire appliquer les sanctions décrétées par l’ONU. Si les avoirs d’UCI avaient été gelés immédiatement après
mars 2007, et si la Banque d’Ouganda était intervenue pour veiller à ce que tous fonds restent gelés, Emirates Gold n’aurait guère été en position
de bénéficier de la détention de ces fonds pendant aussi longtemps. 194. Le Groupe d’experts a essayé, chaque fois qu’il l’a pu, en application
du paragraphe 18 a) de la résolution 1807 (2008), d’examiner et d’analyser les informations recueillies par la MONUC. Il a également partagé
largement avec la MONUC les données qu’il a lui-même recueillies. Certaines observations sur la collecte d’information sont présentées ci-après
: a) Compte tenu du caractère confidentiel de documents comme les rapports politiques et les rapports militaires quotidiens et hebdomadaires,
et les rapports sur

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la protection des droits de l’homme et des enfants, la MONUC n’a pas systématiquement donné aux experts l’accès aux informations dont elle
disposait; elle a préféré désigner un coordonnateur chargé de présenter un rapport hebdomadaire à partir des données communiquées par les
divisions pertinentes; b) Dans la pratique, chaque division de la MONUC est libre de déterminer au cas par cas si et de quelle manière elle doit
partager ses informations avec le Groupe d’experts. Ce dernier a tiré un grand profit de la collaboration de certaines unités, en particulier la
Cellule d’analyse conjointe de la Mission, tandis que d’autres ne lui ont communiqué que peu d’informations; c) Si le Groupe d’experts se
félicite des efforts ainsi consentis, et du large appui administratif qu’il a reçu, il estime qu’il pourrait tirer un bien plus grand parti des
informations réunies par le personnel de la MONUC, en particulier dans le domaine de la protection des droits de l’homme et des enfants; d) Le
Groupe d’experts a eu de nombreux contacts avec le personnel de la MONUC sur le terrain, notamment le personnel civil, les observateurs
militaires et les contingents militaires. Il ressort clairement de ces échanges que de nombreux responsables de la MONUC ne sont pas au fait du
mandat de la Mission en termes d’embargo sur les armes et ne considèrent pas qu’il soit de leur devoir de recueillir des informations sur l’appui
aux groupes armés non gouvernementaux. 195. Le degré de coopération de certains États Membres montre clairement que le régime de
sanctions n’est pas considéré avec l’intérêt et le sérieux qu’il mérite, bien que le Conseil de sécurité ait adopté à l’unanimité la résolution 1807
(2008) en vertu du Chapitre VII, en en rendant la mise en œuvre obligatoire pour tous les États. Dans certains cas, les responsables officiels n’
étaient pas au fait du mandat du Groupe d’experts, ou ne le comprenaient pas. Mais surtout, comme l’indiquent les communications informelles
avec certains États Membres, les États qui ne fournissent pas les informations demandées ne s’exposent à aucune conséquence. En dépit du
caractère obligatoire de l’application du régime de sanctions pour tous les États Membres, les raisons de s’y conformer sont moindres. 196. Si
aucune mesure n’est prise par les États Membres pour faire appliquer le régime de sanctions et les résolutions pertinentes du Conseil de
sécurité, l’action du Groupe d’experts n’aura guère d’effet.

XII. Recommandations
1. Le Groupe d’experts recommande que le Comité des sanctions fasse respecter l’embargo sur les armes en adressant une lettre officielle aux
États Membres qui n’ont pas répondu aux demandes et questions des experts, et en notant leur état de conformité. 2. Le Groupe d’experts
recommande que le Comité considère la direction politique des groupes armés non gouvernementaux comme un appui consubstantiel aux
groupes en question. Ces dirigeants, dont beaucoup résident en Europe ou aux États-Unis, ont un rôle essentiel de collecte des fonds, de
relations publiques et de stratégie diplomatique.

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Appui des FARDC aux FDLR et aux PARECO 3. Le Groupe d’experts a repéré plusieurs commandants des FARDC qui pourraient faire l’objet de
sanctions pour avoir aidé les FDLR et les PARECO. Il recommande que le Comité demande aux autorités de la RDC de donner aux soldats des
instructions claires interdisant la collaboration ainsi que la cohabitation avec les FDLR et les PARECO. Des mesures disciplinaires appropriées
devraient être prises à l’encontre des soldats des FARDC qui collaborent avec ces groupes armés. Les unités des FARDC déployées dans les
zones occupées par les FDLR devraient prendre leurs distances par rapport à ce groupe. Appui du gouvernement du Rwanda au CNDP 4. Le
Groupe d’experts recommande que le Comité rappelle au Gouvernement rwandais ses obligations en vertu du communiqué de Nairobi
(S/2007/679) par lequel il s’est engagé à empêcher toute forme de soutien au CNDP et à interdire aux membres de ce groupe d’entrer sur son
territoire ou d’en sortir. Il conviendrait en particulier d’empêcher le CNDP d’utiliser les réseaux téléphoniques et bancaires rwandais et de tenir
des meetings de collectes de fonds sur le territoire rwandais. MONUC 5. Le Groupe d’experts recommande que, dans sa résolution à venir
prorogeant le mandat de la MONUC, le Conseil de sécurité apporte des précisions quant au rôle de la Mission en matière de collecte d’
informations sur l’appui fourni aux groupes armés ainsi qu’en ce qui concerne sa collaboration et ses échanges d’information avec le Groupe d’
experts. 6. Le Groupe d’experts recommande que le Département des opérations de maintien de la paix donne des indications claires au
personnel civil et aux contingents de la MONUC quant à leurs obligations en matière d’embargo sur les armes. Ces obligations consisteraient
notamment à réunir des renseignements sur toutes les formes d’appui aux groupes armés non gouvernementaux, y compris en faisant des
patrouilles le long de la frontière et en faisant des fouilles ponctuelles de véhicules aux postes frontière et aux points de contrôle à la recherche
d’armes de contrebande. Armes 7. Le Groupe d’experts recommande que le Comité demande au Gouvernement de la RDC de renforcer à titre
prioritaire la sécurité de ses stocks d’armements et d’améliorer le comptage et la gestion des armes et des minutions. Les donateurs coopérant à
la réforme du secteur de la sécurité devraient inclure la gestion de ces stocks dans l’aide qu’ils fournissent aux FARDC. 8. Le Groupe d’experts
recommande que le Comité demande à la MONUC de prendre des mesures pour améliorer sa base de données sur les armes légères, notamment
: a) En chargeant les contingents sur le terrain de réunir tous les renseignements nécessaires sur chaque arme, y compris les marques de

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fabrique. Toutes les armes et les munitions collectées devraient être photographiées. Les clichés devraient être envoyés à la MONUC à
Kinshasa; b) En formant les officiers aux procédures d’enregistrement et de gestion des armes légères et des munitions. Contrôle des frontières
9. Le Groupe recommande que le Conseil de sécurité envisage de prier la MONUC de créer des équipes de contrôle des frontières, en particulier
aux postes frontière de Bunagana et Kasindi, et de les habiliter à contrôler par sondage les marchandises entrant en RDC. Enfants et conflits
armés, graves violations des droits de l’homme 10. Le Groupe recommande au Comité d’écrire au Gouvernement de la RDC pour lui demander
que les procédures de vérification destinées à protéger les enfants soient intégralement appliquées, comme convenu avec les autorités du pays,
en particulier : a) En autorisant la vérification de l’absence d’enfants parmi les soldats avant que ceux-ci soient transportés dans des centres de
brassage; b) En donnant aux partenaires locaux et internationaux accès aux soldats et aux centres de brassage, afin qu’ils puissent vérifier l’
absence d’enfants et éventuellement les séparer des autres soldats; c) En mettant fin à la détention arbitraire de longue durée d’enfants dans les
prisons militaires; d) En communiquant mieux avec les partenaires compétents dans le domaine de la protection des enfants, afin que les
enfants retirés de leur unité soient transférés rapidement dans des centres de soins transitoires, à moins qu’il ne soit possible de les replacer
directement dans leur famille. 11. Le Groupe recommande que le Comité pousse la MONUC et l’UNICEF à renforcer la coordination entre
partenaires en matière de protection des enfants, notamment au stade de la collecte de données, en vue de créer une base de données unifiée
sur les enfants démobilisés, où figurerait, dans toute la mesure possible, l’identité de ceux qui les ont recrutés et celle des membres de la chaîne
de commandement à laquelle ils ont été assujettis. 12. Le Groupe recommande que le Comité demande à la MONUC de partager avec le Groupe d’
experts l’information sur le recrutement d’enfants et les actes dirigés contre les femmes et les enfants dans les situations de conflit armé, afin d’
aider le mieux possible le Groupe d’experts à vérifier et analyser l’information. Ressources naturelles 13. Le Groupe recommande que le Comité
demande aux États Membres de collaborer avec les organisations non gouvernementales locales et internationales à l’élaboration d’une carte
des régions riches en minéraux et de la position des groupes armés, qui serait publiée avant la fin de son prochain mandat. Cette carte serait un
outil de sensibilisation et lèverait les doutes que

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peuvent avoir les entreprises commerciales quant à l’origine des minéraux provenant de secteurs contrôlés par des groupes armés qu’ils
achètent. 14. Le Groupe recommande que le Comité demande instamment aux États Membres de prendre les mesures voulues pour faire en sorte
que les exportateurs et les consommateurs de produits minéraux congolais relevant de leur juridiction se renseignent comme ils le doivent sur
leurs fournisseurs et ne se contentent pas d’assurances verbales concernant l’origine des produits. Aviation 15. Comme le Groupe d’experts l’a
déjà recommandé dans des rapports antérieurs (S/2006/525 et S/2007/423), le Groupe recommande que le Comité demande au Gouvernement de
la RDC de prendre des mesures concrètes pour améliorer la sûreté et la sécurité de son espace aérien : a) En modernisant son matériel, en y
ajoutant des plates-formes radar et des systèmes de surveillance de la dernière génération pour couvrir la totalité de l’espace aérien du pays; b)
En améliorant la formation du personnel de l’Autorité de l’aviation civile et de celui des aéroports; c) En actualisant et en vérifiant le registre des
aéronefs de la RDC, où devraient figurer des renseignements sur l’immatriculation et l’état de navigabilité de tous les appareils. 16. À ce propos,
le Groupe note que le projet de loi qui est actuellement à l’examen sur les compétences de l’Autorité de l’aviation civile, un organisme public,
comporte plusieurs dispositions qui ne sont pas conformes aux règles de l’OACI, et il recommande que les autorités du pays le révise en
conséquence.

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[Unofficial translation as follows] ----- Original Message ----From: "Tribert Rujugiro Ayabatwa" <rujugiro@fastmail.fm To: "Gahizi Enoc" <gahizi.
enoc@yahoo.fr Sent: Sunday, 08 June, 2008 10:12 PM Subject: Re: Bonjour Mzee Dear Enoc, I saw your message. Unfortunately I was on the
road and I didn't have time to respond. What you are asking me is impossible. How about we stick to the original plan as discussed in two
weeks when I return. I will give you 30 as discussed then in August I will give you again the same amount and the last amount in November. I will
be back around the 20th of June. Call me then so that I can make arrangements and if possible let's try to meet. I might also be able to bring that
device because I will be going through Dubai. As for the shingles, I can't do it right now. Let's catch up later. On Fri, 6 June 2008 07:13:33 +000
(GMT), Gahizi Enoc <gahizi.enoc@yahoo.fr >said Mzee how are you? It's been a while. Here all is good. I am writing you this note because I
couldn't get a hold of you on the phone. I was told that you were abroad. About what we had discussed, your assistance of 16/04/08 was very
helpful. That is why I would like to remind you now, not to forget assistance for 16/06/08. About the Amani Program: It is not working! We are
actually on the brink of war. Anytime, you might hear that the situation has changed. Because of what we had discussed we received ¼, so we
wanted to inform you earlier on before the roads were closed. We might actually be able to recuperate the remaining things. That is why I have
been asked to reach out to you and inform you that we won't ask for assistance until December. On our side, I can assure you that we are not
seating on our hands and that we have already stored food. General Situation: All is good and our effective has increased. We went from 6 to 8.
If you have a chance, please do not forget that little device. He had asked me if you had any shingles that you would send him to build schools
for children*. That is it for now, hopefully when you return we will be able to meet. This is probably the last message, because we have the
material, people and it is possible that now we might be heading towards the city. So, please let us know what we should do. Thanks and have a
safe trip Mugire Imana Nyagasani ( May God Nyangasani) protect you. Gahizi Innocent * A former CNDP officer and Kinyarwanda speaker, who
also translated this email, declared to the Group that in CNDP military jargon, the word “children” is used to refer to soldiers.
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GRADE WAGE 01/09/07 FC WAGE 16/08/08 FC WAGE 16/08/08 USD

Gen A Lt Gen Gen Maj Gen Bde Col Lt Col Maj Capt Lt Slt Adj Chef Adj 1cl Adj 1cl 1 Sgt Maj Sgt Maj 1 Sgt Sgt Cpl Sdt 1cl Sdt 2cl No Grade
(USD1 = 550 FC)

53.500 48.500 43.500 40.580 35.500 32.500 30.870 28.000 27.500 27.000 26.300 25.930 25.500 24.800 24.451 23.960 22.300 22.000 21.650 21.320 21.320
61.956 56.956 54.036 48.956 45.956 44.326 41.456 40.956 40.456 39.756 39.386 38.956 38.256 37.907 37.416 35.756 35.456 35.106 34.776 34.776 112,7
103,6 98,3 89,0 83,6 80,6 75,4 74,5 73,6 72,3 71,6 70,8 69,6 68,9 68,0 65,0 64,5 63,8 63,2 63,2

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Annex 31 Meetings and consultationsa
Belgium Government Ministère des Affaires étrangères Organizations Antwerp Port Consultancy — Port of Antwerp International Peace
Information Service (IPIS) Ostend Airport Authority Private sector ING SV Bank Bulgaria Government Ministry of Defence Ministry of Economy
and Energy Dual-Use Items and Technologies Export Control Department Arms Export Control Department Ministry of Foreign Affairs Arms
Control and Non-Proliferation Department Export Control Unit National Agency State Security Burundi Government Forces de Défense
Nationale Ministère de Defense Ministère de l’Eau, de l’Energie et des Mines Ministère des Finances Ministère des Relations Extérieures et de la
Coopération Services de voies aériennes Service National de Renseignement Organizations Banyamulenge community representatives United
Nations Integrated Office in Burundi (BINUB) Human Rights Watch International Crisis Group Norwegian Refugee Council
a

For security reasons, the names of certain individuals and entities that have provided information or statements to the Group of Experts cannot
be listed.

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Private sector Chambre de Commerce et d’Industrie Diplomatic representations Embassy of Belgium United Kingdom Department for
International Development (DFID) Democratic Republic of the Congo Government Administration Provinciale de Nord-Kivu Administration
Provinciale de Sud-Kivu Agence nationale de renseignment Assemblée provinciale du Nord-Kivu Assemblée nationale Banque Centrale du
Congo Cadastre foncier de Masisi et Walikale Centre d’évaluation, expertise et de la certification (CEEC) Conseiller spécial du Chef de l’Etat en
matière de sécurité Détection militaire des activités anti-patrie (DEMIAP) Direction de l’aéronautique civile Direction générale de migration Forces
armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) Ministère des Affaires
Etrangers Ministère de la Défense et des anciens combattants Ministère de l’Intérieur Ministère des Mines Ministère des Transports National
Focal Point for Small Arms and Light Weapons Office des douanes et accises Office congolais de contrôle (OCC) Office National des
Transports (ONATRA) Police nationale Congolais Procureur de la République Régie des voies aériennes Organizations Bego-Congo,
Exploitation-Forestière Centre des Jeunes Don Bosco Ngangi, Ouvres de Don Bosco A.S.B.L. Centre de Coordination pour l’action contres les
Mines, Bukavu ENOUGH EUPOL EUSEC Human Rights Watch International Criminal Court International Monetary Fund MDRP Médecins sans
frontières

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MONUC Radio Maendeleo Radio Okapi Pole Institute Save the Children United Nations Children’s Fund United Nations Development
Programme United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs World Food Programme World Bank Diplomatic representations
British Embassy Embassy of Belgium Embassy of China Embassy of France Embassy of Italy Embassy of the United States of America European
Union Private sector Corporation des Comptoirs Agrées de Goma au Nord-Kivu Federation d’Enterprise du Congo (Bukavu) SDV Agetraf TMK
Tengen Hewa Bora Airways Supercell Non-governmental armed groups ADF-NALU CNDP Mai-Mai Ruwenzori Mai-Mai Mongol PARECO RUD-
Urunana FDLR France Government Ministère des Affaires Etrangers Italy Procura della Republica di Perugia

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Kenya Government Kenya Revenue Authority (Mombasa) Democratic Republic of the Congo Government OFIDA liaison office (Mombasa)
Rwanda Government External Security Organization Ministry of Foreign Affairs Ministry of Finance Ministry of Internal Affairs Office of the
President, Special Envoy to the Great Lakes Region Rwandan Defence Force Rwanda Demobilization and Reintegration Commission
Organizations MONUC Diplomatic representations British Embassy Embassy of Belgium Embassy of the United States of America Embassy of
France Serbia Government Ministry of Foreign Affairs Directorate for Armaments Control Ministry of Economy and Regional Development
Department of Foreign Trade Policy and Regime Uganda Government Bank of Uganda Civil Aviation Authority External Security Organization
Internal Security Organization, Bunagana Kisoro District Local Government Ministry of Foreign Affairs Uganda Immigration Department
Ugandan People’s Defence Force Uganda Revenue Authority

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Organizations MONUC Uganda Chamber of Commerce & Industries Private sector Machanga Limited Uganda Commercial Impex (UCI) Crane
Bank DFCU Ukraine Government Ministry of Foreign Affairs Director-General for Armaments Control and Military Technical Cooperation
Security Service of Ukraine Ukrspetsexport United Arab Emirates Organizations Dubai Multi Commodity Centre Private sector Emirates Gold
United Republic of Tanzania Government Ministry of Foreign Affairs Port Customs Authorities, Dar Es Salaam Port Authorities, Dar Es Salaam
Port Authorities, Kigoma Port Customs Authorities, Kigoma Democratic Republic of the Congo Government Société Nationale des Chemins de
Fer du Congo, Kigoma United Kingdom of Great Britain and Northern Ireland Government Foreign and Commonwealth Office Organizations
Chatham House, Royal Institute of International Affairs Civil Aviation Authority Human Rights Watch International Transport Workers’
Federation

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Global Witness Omega Research Foundation United States of America Diplomatic representations to the United Nations Permanent Mission of
the Democratic Republic of the Congo Permanent Mission of Belgium Permanent Mission of France Permanent Mission of Germany Permanent
Mission of Rwanda Permanent Mission of the United Arab Emirates United States Mission United Nations Headquarters Department of
Peacekeeping Operations Department of Field Support Department of Political Affairs Office of Internal Oversight Services Office of Legal
Affairs Office of the Special Representative for Children and Armed Conflict

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          RAPPORT DU GROUPE DES  EXPERTS DE L'ONU SUR LA RDC
         PRESENTE AU CONSEIL DE SECURITE DE L ONU LE 12/12/2008
RAPPORT EN
FORMAT PDF AVEC
LES ANNEXES
OROGINAUX
ICI